Author: jonathan

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Nettoyer Bruxelles, c’est classe! C’est avec ce message que les volontaires du projet Philo-cité ont déambulé dans le quartier de Sainte Catherine ce samedi 23 avril, journée de la propreté de la ville de Bruxelles.

Un nettoyage de rue, comme à leur habitude, mais effectué dans leurs plus beaux atours! Parce que le nettoyage de rue n’est pas seulement le devoir de la ville et de ses ouvriers, mais de chaque citoyen. Leur action de sensibilisation a commencé par une petite mise en scène sur la place Sainte Catherine. Le nettoyage s’est poursuivi par la rue de Flandre alors qu’une partie de l’équipe restait sur la place pour sensibiliser les enfants avec des petits jeux.

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Nettoyer Bruxelles, c'est classe !

Nettoyer Bruxelles, c’est classe !

Tu es citoyen de Bruxelles et tu veux une ville propre ? Le 23 avril, c’est la journée de la propreté et le projet philo-cité te propose d’y participer. Nous allons sortir dans la rue à cette occasion pour nettoyer la ville, en particulier le quartier de Sainte Catherine et les bassins, habillés en costard et en belles robes. Le message est : Nettoyer Bruxelles, c’est classe !

Une mise en scène sera proposée pour marquer les esprits.

RDV au centre Aurélia à 14h, nous fournissons le matériel nécessaire (gants, sacs, seaux, pinces pour ramasser les déchets)

Venez nombreux, tenue classe exigée!

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Vous étiez nombreux à venir assister à notre conférence-atelier du samedi 19 mars sur la thématique de l’effondrement de notre civilisation. A l’origine du projet, l’impérieuse nécessité de faire le point sur la situation critique auquel fait face notre civilisation, sans tomber dans l’abattement.

Face aux mauvaises nouvelles, ne détournons pas la tête, gardons les yeux ouverts. Mais surtout, nourrissons notre imaginaire de symboles de résilience et de récits de renaissance!

Merci pour votre présence et pour la richesse des échanges, et à bientôt pour nos prochaines activités!

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Par Fernand Figares, directeur de Nouvelle Acropole Belgique

« Un certain nombre de voies de traverse conduisent à une version distordue, égocentrique, de la vie spirituelle. Nous pouvons nous illusionner en pensant que nous nous développons spirituellement, alors qu’en fait nous usons de techniques spirituelles pour renforcer notre égo. Cette distorsion fondamentale mérite le nom de matérialisme spirituel. »

Chögyam Trungpa

C’est à la fin des années 70 que j’ai entendu la notion de matérialisme spirituel pour la première fois, lorsque j’ai découvert l’œuvre de Chögyam Trungpa[1] : Pratique de la voie tibétaine. Cet article est inspiré des idées transmises par ce grand philosophe.

De l’anti-tradition à la contre-tradition, du matérialisme agnostique au matérialisme spirituel

La désacralisation de notre culture est le résultat d’un processus qui a débuté dans notre histoire à la Renaissance. Nous avons publié différents articles sur le sujet [2]. Elle est le résultat du positivisme et de l’agnosticisme ainsi que de toute une série de déviations religieuses. Parmi les plus récentes,celles qui se sont développées avec le New Age et avec la très controversée mouvance du « bien-être ». Gilbert Durand parlait de « l’occultation de la pensée traditionnelle » faisant référence à cette gigantesque entreprise de démythologisation et de désacralisation. L’homme occidental a été amputé de sa dimension imaginaire, de ses facultés créatrices et la foi, le rêve, l’imagination, l’espoir se sont réfugiés dans des idéologies, c’est-à-dire dans des visions extrêmement réduites du monde mythique et spirituel.

Guénon a appelé « anti-tradition » cette entreprise de démythologisation, c’est-à-dire la négation de toute réalité spirituelle et sagesse traditionnelle. L’anti-tradition s’oppose à la vision globale, vision qui englobe l’ensemble du vivant, dans une logique d’ouverture et de réunion des contraires. A partir de la Renaissance, cette vision traditionnelle va donc se vider peu à peu de tout contenu et donner naissance à l’ombre d’elle-même : l’anti-tradition. [3]

De surcroit, cette entreprise s’est prolongée à travers un autre phénomène – la contre-tradition -un mélange d’anti-tradition et de tradition vidée de sens et de contenu, véhiculée par les églises. Bien que ce phénomène semble récent par l’ampleur qui l’a dévoilé au plus grand nombre, ses racines remontent au milieu du XIXe siècle avec notamment la recherche des pouvoirs paranormaux, l’occultisme, les mouvements spirites… René Guénon avait prévu le retour à une pseudo-spiritualité sous le prétexte d’une restauration spirituelle, une sorte de plongée dans la qualité un peu partout et en toutes choses, « mais une qualité prise à rebours de sa valeur légitime et normale. »[4]

La prolifération de techniques dites spirituelles ou de stages dont le but est d’introduire cette pseudo-qualité frôle la paranoïa : depuis les massages de tout genre et de toute origine, en passant par des thérapies mystiques, des voyages chamaniques, du channeling et de la médiumnité, du coaching de l’éveil ou de la lumière… Comment s’y retrouver dans tout ce « bazar » chaotique ?

Je ne voudrais pas m’ériger en juge impitoyable de tout cet « univers » car dans la boue, il y a aussi des perles mais force est de constater le règne de la confusion.

Si l’anti-tradition peut être définie comme un « matérialisme agnostique », la contre-tradition peut être appelée « matérialisme spirituel ». Si l’anti-tradition débouche sur le règne exclusif de la quantité, la contre-tradition nous plonge dans le monde de la confusion, car non seulement la contre-tradition détourne des connaissances et des techniques spirituelles à des fins particulières et personnelles, mais encore toutes ces techniques et méthodes y sont mises sur un pied d’égalité, sans aucun discernement. La contre-tradition, c’est le fait de croire que tout est équivalent sur ce chemin de l’évolution spirituelle : un cours de yoga, un cours à la Sorbonne, un repas végétarien, etc.[4]

Le matérialisme spirituel est une spiritualité gonflée par l’égo

Revenons alors à Chögyam Trungpa, et voyons ce que nous pouvons extraire de ses enseignements pour récupérer l’authenticité de la recherche spirituelle. Dans le Bouddhisme, l’égo est considéré comme un piège car sa force est précisément de tout convertir à sa propre utilité, la spiritualité comprise. Le renoncement à l’égo, promus par le Bouddhisme, est prôné par toutes les écoles et par toutes les techniques spirituelles, mêmes parmi les propositions modernes. Il est assez paradoxal de constater que si la plupart de gens ont un regard bienveillant envers ces courants de pensée, ils continuent à gonfler leur égo, par leurs actions et pratiques, sans se soucier du monde.

Nous copions et réalisons plutôt bien toutes les postures, tous les mouvements de tel ou tel type de pratique… Nous exécutons correctement tous les rythmes respiratoires prônés par ces pratiques du « bien-être »… Mais notre mode de vie, néanmoins, reste inchangé … si ce n’est que nous avons introduit dans nos assiettes un peu de « bio » et des légumes exotiques, en précisant que nous sommes de ceux qui voudraient voir diminuer drastiquement la consommation de viande rouge ! Une fois de plus, je ne souhaite pas faire une critique sans aucune nuance de cette tendance qui aborde toutefois très souvent une forme naïve du bien-être. Mon intention est avant tout de rendre les propos de Chögyam Trungpa plus lisibles pour des lecteurs peu familiarisés avec la dureté du Vajrayana , la « voie indestructible » proposée par cet éminent Tibétain, qui est avant tout une voie d’excellence.

Ce bouddhiste tibétain nous dit que notre mode de vie nous enferme dans un cocon, « un cocon humide et malsain qui nous paraît un héritage, un bijou de famille, … où il n’y a aucune forme de danse… où on n’y bouge pas, on n’y respire pas, on n’y cille même pas… C’est un endroit confortable et soporifique, un chez-nous à l’atmosphère concentrée et très familière… qui n’a jamais connu le grand nettoyage du printemps ».[5]

Quand nous nous trouvons face au conflit entre ces enseignements et notre mode de vie, l’égo – c’est-à-dire notre mental – nous mène en bateau et nous aide à interpréter la situation de telle sorte que la divergence soit neutralisée. Pour Chögyam Trungpa, il n’y a aucune autre option que celle de « pourfendre cette rationalisation du sentier spirituel et de nos propres actions et d’aller au-delà si nous voulons réaliser la véritable spiritualité.»

La difficulté est énorme car la discussion se fait dans un cadre logique parfaitement cohérent et tout paraît clair et précis. Trungpa insiste sur le fait que le mental s’érige comme une sorte de conseiller spirituel et comme nous avons foi dans son intégralité, dans sa droiture, son sérieux et sa sincérité, il nous est presque impossible de le contourner car il y va de notre propre honorabilité et de notre propre conscience. Or, un autre texte tibétain nous dit que « le Mental est le grand Meurtrier du Réel ».[6]

Les techniques spirituelles sont un moyen, pas une fin

Alors comment faire ? La seule option qui existe, me semble-t-il, est de donner à toutes ces techniques, pratiques et modes d’alimentation leur vraie place avec une grande dose d’humilité. Il ne faut pas confondre les moyens avec les finalités. Croire que ces modes de comportement au quotidien relèvent de la spiritualité me semble insensé.   Que nous nous sentions mieux grâce à une technique ou alimentation quelconque ne veut pas dire que nous menons une vie spirituelle intense.

Le bouddhisme nous exhorte à rejeter la « bureaucratie de l’égo », celle qui nous présente une hiérarchie de valeurs propres à la psyché en oubliant trop souvent d’autres dimensions du réel beaucoup plus exigeantes et difficiles. Introduire quelques changements mineurs dans notre vie en prêtant plus d’attention à certains de nos comportements est salutaire et nécessaire dans nos sociétés mais cela ne fait pas de nous des spiritualistes engagés.

Produire des biens spirituels plutôt que de les posséder et de les consommer

Chögyam Trungpa nous compare à des boutiquiers avides de remplir leurs demeures d’objets orientaux, ou d’antiquités du Moyen Age chrétien, … et tout cela parce que nous sommes insatisfaits du peu que nous possédons. Si un seul objet nous rend tellement différents des autres, s’il embellit tellement notre maison, alors achetons des tas d’autres antiquités et ce sera toujours plus beau, et nous serons toujours plus heureux. Le résultat, c’est le chaos.

Nous avons oublié que posséder nous mène à entrer d’emblée dans une voie de l’avoir que ce soit par des biens matériels ou par des biens dits spirituels. Il faut faire la distinction entre « avoir des biens » (quels qu’ils soient) et « produire des biens » pour sortir d’une apparente contradiction. Nous ne pouvons pas sacrifier nos convictions socratiques sur l’autel de la confusion : produire des biens, surtout des biens métaphysiques, est indispensable dans une voie spirituelle véritable.  Lorsque nous produisons ces biens, nous n’achetons rien car ces biens surgissent de notre intériorité, nous les possédions déjà, sans le savoir peut-être. Ils émergent par notre action dans le monde à condition que nous agissions par oubli complet de nous-mêmes. C’est un peu comme lorsque nous sommes plongés complètement dans un film et perdons la conscience d’être un spectateur. A ce moment, nous dit Trungpa, le monde n’existe plus ; tout notre être se résume à cette scène du film.

Nous ne pouvons pas considérer la sagesse ancienne comme quelque chose à posséder car tôt ou tard nous échouerions et risquerions alors de l’abandonner. Et ce serait la fin. En outre, les consommateurs des sagesses et des techniques spirituelles ne possèdent en général qu’une bribe minuscule des courants de pensées orientales ou occidentales dont elles sont issues. Peu de personnes s’attardent sérieusement à la réflexion en profondeur que méritent ces sagesses antiques.

La possession est le résultat de l’égoïsme, elle est le produit de notre attachement aux résultats de notre action motivée par nos désirs plus ou moins voilés. Notre frénésie pour posséder toujours plus est contraire à toutes les voies spirituelles de renom.

Voici quelques extraits de la Bhagavad Gîta pour appuyer nos propos [7] :

  • L’intelligence fixe et résolue est une et homogène, ô Arjuna ! Divisée en beaucoup de branches et engagée sur des voies multiples est l’intelligence de l’irrésolu.

  • Tu as droit à l’action, mais seulement à l’action, et jamais à ses fruits; que les fruits de ton action ne soient point ton mobile. Et pourtant ne permets en toi aucun attachement à l’inaction.

  • Celui dont le mental n’est pas troublé au milieu des chagrins, et qui, parmi les plaisirs, reste libre de désir, celui qu’ont quitté attraction, peur et colère, celui-là est le sage dont est fermement fixé l’entendement.

  • En celui dont le mental s’attarde sur les objets des sens avec un intérêt absorbant, il se forme un attachement à ces objets; de l’attachement naît le désir et du désir naît la colère.

  • La colère conduit à l’égarement; de l’égarement vient la perte de la mémoire, par quoi l’intelligence est détruite; par la destruction de l’intelligence, l’homme périt.

  • Aussi, guerrier au bras puissant, chez celui qui a refréné entièrement l’excitation des sens par leurs objets, l’intelligence est fermement établie dans une calme connaissance de soi.

  • Cet être supérieur qui pour toutes les créatures est une nuit, est pour le sage qui se maîtrise l’état de veille (son jour lumineux d’être, connaissance et puissance véritables); la vie des dualités qui est pour les créatures l’état de veille (leur jour, leur conscience, leur état brillant d’activité) est une nuit (un sommeil troublé, les ténèbres de l’âme) pour le sage qui voit.

Voilà ce qu’est la spiritualité sans matérialisme et tout en étant – oh combien – concrète et pratique !

La philosophie socratique comme garde-fou d’une spiritualité authentique

Je ne serais pas juste si je ne consacrais pas les dernières lignes de cet article à la vision, très positive, que Chögyam Trungpa avait de l’Occident moderne via l’Amérique qu’il voyait comme une terre fertile en quête de spiritualité et prête à recevoir les enseignements. Le revers de la médaille est que, justement par ces valeurs, l’Occident est une bonne proie pour les charlatans, nous dit Trungpa et que nombreux sont ceux qui sont hantés par le gain d’argent ou de renommée.

C’est par la pratique de la philosophie à la manière socratique ou à la manière tibétaine que nous pourrons extraire de la spiritualité moderne cet agrégat indésirable qui la ronge et qui se traduit par le terme de « matérialisme spirituel ».

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[1] Chögyam Trungpa (Tibet 1939- Canada 1987), la plus haute autorité tibétaine qui s’est consacrée totalement à transmettre les enseignements du Bouddhisme Tibétain aux Occidentaux. La Naropa University (Boulder, Colorado) et les centres affiliés à Vajradhatu International (aujourd’hui Shambala International) font perdurer ses enseignements.

[2] F. Figares, L’homme de la tradition face à la catastrophe occidentale. © 2015 Editions Nouvelle Acropole

[3] René Guénon, La Crise du Monde moderne, Ed. Bossard, 1927

[4] Fernand SCHWARZ, La Confusion, étape de la transition, Revue Nouvelle Acropole, n° 143, 1995

[5] Chögyam Trungpa : Pratique de la voie tibétaine, Éditions du Seuil, 1976

[6] H.P. BLAVATSKY, La Voix du Silence, Ed. Adyar 2001

[7] La Bhagavad Gîta, Ed. Albin Michel 1970

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En ce premier weekend de mars s’est déroulée une rencontre européenne de Nei kung en Autriche. Notre délégation belge a pu ainsi pratiquer avec des Autrichiens, des Suisses, des Croates, sous les enseignements de notre instructeur espagnol Pablo Rodriguez.

Au programme: cours théorique sur les principes philosophiques du Nei Kung, respirations, formes, chi kung, combats, self defense…

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Comme chaque année au printemps, nous nous sommes réunis pour célébrer l’éveil cyclique de la nature.
Beaucoup d’humour, de beauté et d’enthousiasme ont couronné cette fête.
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Nous avons vu, dans notre article précédent, comment Bruxelles, dès le seizième siècle, se dota d’un port de mer par la construction du petit canal de Bruxelles-Willebroeck. Celui-ci permit à la ville de se relier à Anvers en évitant le cours capricieux de la Senne et les taxes prélevées par la ville de Malines, jadis passage obligé vers l’Escaut. Le Grand Bassin ou Bassin du Commerce, les Bassins de l’Entrepôt, du Chantier, des Barques, des Marchands et, enfin, le bassin Sainte Catherine ont joué un rôle commercial fondamental jusqu’au début du XXème Siècle. Ce sont ces trois derniers bassins qui intéressent particulièrement notre quartier.

Le Bassin des Barques s’étendait jusqu’au Marché aux Porcs. Il tient son nom de la Maison des Barques où les particuliers pouvaient acheter leur passage vers Anvers ou Vilvorde. Le trajet débutait le long de l’Allée Verte ; il était agréable et plus rapide que par voie de terre. En 1839, le chemin de fer fit peu à peu disparaître ce romantique trafic maritime.

Le Bassin des Marchands s’étendait entre le Quai aux Briques, sur lequel se déchargeaient les fameuses briques de Boom dont presque toute la ville est construite, et le Quai du Bois à Brûler qui fournissait le bois nécessaire au fonctionnement des fours des boulangeries.

Trois ruelles relient le Quai des Briques à la rue de Flandre : la rue du Chien Marin tire son nom des fossiles d’un animal marin découverts lors du creusement  du canal. La rue du Pays de Liège doit le sien à une auberge où avaient coutume de descendre les Liégeois de passage dans la capitale. Et enfin, la rue du Nom de Jésus, par laquelle les pèlerins pauvres trouvaient refuge à l’hospice Sainte Corneille tout proche.

Le Bassin Sainte Catherine, perpendiculaire au précédent, occupait l’emplacement actuel de l’Eglise Sainte Catherine, édifiée par Poelaert au XIXe. Le Quai de la Grue, qu’on retrouve au niveau de l’espace qui sépare l’église de la Tour Noire, était doté d’une énorme machinerie de bois dont l’axe était mis en mouvement par deux imposantes roues latérales dans lesquelles marchait un homme pour actionner le treuil. Le lieu était très fréquenté et les nombreux chevaux attiraient des milliers de mouches à tel point que l’endroit fut surnommé « l’île aux mouches ». C’est cet engin qui déchargea la première locomotive du continent, importée d’Angleterre. Le Quai aux Semences près de la rue Ste Catherine et le Quai au Sel près de la rue de Flandre achevaient d’entourer le bassin.

Cependant, aux débuts de l’ère industrielle, les dimensions et le tirant d’eau du petit canal et des bassins vont s’avérer insuffisants. De grands travaux d’agrandissement de la voie d’eau vers la mer vont être entrepris et l’avenir des bassins va s’en trouver profondément bouleversé. Les nouvelles installations du port de Bruxelles permettront à celui-ci de se relier au canal Bruxelles-Charleroi et également d’accueillir des bateaux de pleine mer, ce qui fera de Bruxelles le port de mer le plus avancé dans les terres d’Europe occidentale. L’un après l’autre, les bassins furent comblés, celui de Ste Catherine le fut en 1873. Le Bassin des Marchands abrita longtemps un marché aux poissons sous une halle couverte, détruite en 1955. Ainsi, le passé maritime de Bruxelles s’est progressivement effacé au profit de la circulation automobile. Heureusement, les noms et la perspective des anciens quais ont été sauvegardés. Les pelouses, les arbres et l’aménagement des plans d’eau sur l’ancien Bassin des Marchands témoignent toujours de cette époque où grinçaient les haubans et s’apostrophaient les marins en plein centre de la capitale.

Michel Hair Fashion, rue van Artevelde,

Le dernier des Mohicans … qui ne mâche pas ses mots !!!

Un regard sans concessions !

 

Nous connaissons le coiffeur, mais qui est l’homme ?

Je suis d’origine tunisienne. Je suis arrivé seul, livré à moi-même, le 31 mai 1969. J’ai toujours habité le quartier. J’ai vécu un moment Chaussée de Wavre, puis au 72 avenue des Chartreux.   Je louais la chambre la moins chère : 1400fb à l’époque : personne n’en voulait parce que le tram passait dans la rue et faisait trembler toute la maison !

J’avais 18 ans et demi. J’étais inscrit à l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, rue du Trône. Je suis venu pour un stage. A ce moment-là, c’était plus facile. Il n’y avait pas autant de démarches administratives comme aujourd’hui. Le stage durait un an mais j’avais la possibilité de le prolonger de 6 mois. Je travaillais rue du Pont Neuf chez le coiffeur Mario qui n’existe plus aujourd’hui. A l’époque, le boulevard Anspach était superbe. Il y a avait des grands magasins comme Tits, Hamelot,  les Jackson, la haute couture française, …

Parlez-nous de votre carrière !

J’ai eu le bonheur de coiffer pas mal de gens comme Cudell, le père Simonet. Ils venaient tous chercher leurs costumes chez Mr Tits qui était le président de la Chambre de Commerce.

Quand ils arrivaient au salon, ils voulaient toujours que je les coiffe. On était dans le quartier de « la Dernière Heure », du « Het Laatste Nieuws », du « Pourquoi Pas ? », un quartier très animé, très commerçant. Mr Tits venait se faire coiffer chez moi. Il ressemblait un peu à Henri Kissinger, et toujours basané ! Un type formidable, un très bon ami. Un jour, je lui ai dit : « C’est la dernière fois que je vous coupe les cheveux ! ». « Comment ça ? » Et je lui explique mon cas. Là-dessus, il me dit : « Mais enfin ! La Belgique ne peut pas se passer d’un talent pareil !!! Il faut absolument que vous restiez ! ».   A l’époque, les politiciens pouvaient beaucoup. Aujourd’hui, ils sont surveillés par les médias, etc, … Ils n’ont plus le même pouvoir pour aider les gens. Il a écrit à son copain, Ministre du Travail, et au bout de quelques semaines, j’ai reçu mon permis B. A l’époque, il fallait rester 3 ans chez le même patron pour avoir le permis A qui permettait de changer de métier.

Grâce à cela, je suis resté. J’ai continué l’école. Ensuite, j’ai travaillé pendant 17 ans chez Men’s Coiff, rue de la Vierge Noire. Après quoi, je me suis installé rue des Poissonniers dans l’ancienne boucherie. Tout le bloc de l’Ilot Bourse qui appartenait à la famille Delyck a été vendu à une société anversoise. Ils nous ont invités à partir. Ce que j’ai refusé car cela ne faisait que quelques mois que j’étais là. Au départ, j’étais seul à résister.   Le dernier des Mohicans ! Par la suite, Adel s’est joint à moi (Restaurant de la Bourse – Voir Carillon n°9). Avec l’aide du Beursschouburg, du BRAL, nous avons entamé une procédure judiciaire. Tout a été très médiatisé. TV Brussel est même venu.   On a fait pas mal d’interventions et nous avons eu gain de cause et gagné tous nos procès. Entre temps, l’ilot a été vendu plusieurs fois. Il a été finalement acheté par City Hôtel. Des gens extrêmement compétents, très professionnelsIl ne restait plus qu’Adel et moi. Finalement, l’ilot a été vendu à Vangasteel Invest. Mais nous avons perdu le procès contre eux et nous nous sommes installés ailleurs. J’étais persuadé que nous ne pouvions pas perdre car un jugement de loi avait été prononcé. Ils ont fait beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas faire ! C’est Merkir (à qui j’en veux toujours) qui a autorisé tout cela ! On n’a pas respecté le plan d’affection des sols. Nous avons été « arrangés » devant le tribunal du Commerce.

Il n’y a plus de vie dans ce coin maintenant.   Mayeur aurait mieux fait de commencer par réhabiliter le tronçon Rogier-De Brouckère pour relancer l’économie dans ce coin : des bâtiments entiers et des magasins sont vides, c’est lugubre.   Le quartier va être livré au vandalisme et à la dégradation, …

Il a des choses que j’ai vraiment du mal à accepter quand on voit l’évolution du quartier.

Mais quand c’est décidé, c’est comme ça ! On ne revient pas en arrière. Pourquoi nous inviter à des discussions pour agir comme cela ? Mayeur a promis des parkings : on ne les voit pas.   De la sécurité : il n’y en pas. De la propreté : il n’y en n’a pas. Un arbre ou des fleurs sur le boulevard : il n’y en a pas ! Les transports en communs ont-ils été vraiment été pensés ? Non ! Il n’y a rien. Cà va être le chaos! Il a une vision tout à fait différente de celle des commerçants.

Il pense « touristes ». Mais qui paye les taxes régionales, fédérales, provinciales et communales ? Plus la taxe de solidarité! Les touristes ou les locaux ? C’est normal de payer des taxes mais on n’en voit pas les fruits !

J’ai des clients qui viennent de Londerzeel, Wolvertem, Gand, Aloost, Asse, Zellik , Dilbeek, Anderlecht. Mais c’est très très difficile d’arriver jusqu’ici ! Cela veut dire que les gens vont éviter d’entrer dans BXL et donc aller ailleurs.   Tous les sens giratoires changent, le piétonnier s’installe. D’accord, il faut donner la place aux vélos mais aussi aux voitures.

Imaginez : tu vas à la Maison du Monde et tu achètes un abat-jour : comment tu vas le transporter ? En métro??  Et les 6 bouteilles d’eau que ta femme te demande ??? Tout le monde n’a pas un accès facile.   On va mettre trois fois plus de temps pour venir au boulot.   Ce n’est pas encore grave. Mais les gens qui veulent venir se faire coiffer chez nous, comment ils vont faire ? Et les commerçants autour ? On ne sait plus se garer nulle part. Les taxis sont coupés dans leurs trajets ! On nous a demandé de voter et les trois quart des gens ont dit non ! On ne sait pas parler avec ces gens-là !

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre quartier ?

Un peu plus d’hygiène avant toute chose. Il faut punir les gens fautifs! 500€ si on ne sort pas les poubelles le bon jour ! Ensuite, la sécurité. Il n’y a pas assez de policiers. La police n’a pas les moyens suffisants. Aussi, planter un peu plus d’arbres en ville. Et enfin faire en sorte que les gens puissent venir en ville, y vivre, donner l’envie de venir à Bruxelles ! Et pas seulement à vélo !

Il y en a qui disent : « Oui mais à Bordeaux on l’a fait ! ». Ok! Mais à Bordeaux, il y a 300 jours de soleil sur 365 ! Tout le monde a envie de prendre son vélo. Ici c’est 300 jours de pluie et 65 de beau temps ! J’ai quelques politiciens qui viennent ici ! Je deviens fou à parler avec eux ! On compare l’incomparable !

Il est clair que si ça ne va pas, on va se réunir et aller au Conseil d’Etat pour enlever tout cela !

Si les gens n’ont plus accès à nous, comment on va faire? J’ai fait des sacrifices dans ma vie pour avoir la clientèle que j’ai : je suis coiffeur attitré des Diables Rouges, j’ai tout fait pour avoir une bonne conduite. On peut être ami et pas d’accord sur un problème. C’est ça qu’il y a eu. Je ne veux pas de mal à Y. Mayeur, mais il a agi, sans tenir compte de la concertation. Je n’ai rien contre l’homme mais je ne suis pas d’accord avec sa politique. Il faut être à l’écoute. On doit construire la ville ensemble. On devrait pouvoir parler d’homme à homme, en mettant la politique de côté et mettre tous les points sur la table et m’expliquer le pourquoi des décisions prises !

A bon entendeur…

 

 

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Le printemps arrive, la nature se réveille! Profitons de ce moment particulier pour nous reconnecter à elle, en nous inspirant des mythes amérindiens.

Par Bernard Guévorts, Ornithologue amateur et philosophe praticien

Revivre avec le printemps

Le printemps annonce la nidification, et l’explosion de la vie. La végétation verdit, les arbres se couvrent progressivement de leurs feuilles. Primevères, jonquilles, anémones, jacinthes maculent les bois de leurs couleurs fraîches, tandis que les crocus fleurissent dans nos pelouses. Dès février, les mésanges charbonnières nous annoncent le réveil de la nature avec le fameux chant dit « du serrurier », imitant le son d’une lime ou d’une scie à métaux : stivi-stivi-stivi, tidi-tidi-tidi, titipu-titipu-titipu… N’oublions pas non plus le pouillot véloce et sa litanie : tchif-tchaf, tchif-tchaf.

Ah, que tout cela est bon ! Nous respirons, nous revivons nous aussi.

Profitons de ce printemps et de l’opportunité qui nous est donnée de nous relier davantage à cette nature, dont nous nous sommes soit-disant « libérés », grâce à la technologie. Nous sommes unis à la nature par toutes nos fibres. Nous sommes nés de la terre comme nous sommes reliés au ciel d’où nous venons. Les anciens ont toujours considéré l’homme comme celui qui relie le ciel et la terre.

L’Homme réalisé qui a compris cela, et surtout qui vit cela, est un pontife (pontif’ex : celui qui fait le pont, le Roi-prêtre), un initié. Il est relié aux trois mondes : le monde divin, le monde humain et celui de la nature. Nous sommes bien loin de cela! Nous ne comprenons et ne vivons plus la nature. Tout au plus essayons-nous de l’aimer.

Voici quelques textes amérindiens qui peuvent nous donner un exemple de ce vécu, de ce lien entre l’Homme, la Nature et les Dieux.

La sagesse du principe créateur chez les sioux

Toute créature vivante, toute planète tire sa vie du soleil. Si le soleil n’était pas, ce serait la nuit, et rien ne pousserait – la terre serait sans vie. Mais le soleil a besoin de l’aide de la terre. Si le soleil agissait seul sur les animaux et les plantes, la chaleur serait telle qu’ils mourraient. Mais les nuages apportent la pluie, et l’action conjuguée du soleil et de la terre fournit l’humidité nécessaire à la vie. Les racines d’une plante s’enfoncent, et plus elles s’enterrent, plus elles trouvent d’humidité.

Ceci est en accord avec les lois de la nature et montre bien la sagesse de Wakan Tanka. Les plantes sont envoyées par Wakan Tanka, et sortent, de la terre à son commandement. La partie qui recevra le soleil et la pluie apparaît au-dessus du sol, et les racines plongent pour trouver l’humidité qui les attend. Les plantes et les animaux sont instruits par Wakan Tanka sur ce qu’ils ont à faire. Wakan Tanka apprend aux oiseaux à faire leurs nids; pourtant les nids de tous les oiseaux ne se ressemblent pas. Wakan Tanka leur donne seulement le contour. Certains font mieux leurs nids que d’autres. De même, certains animaux se satisfont de demeures grossières alors que d’autres rendent confortable l’endroit dans lequel ils vivent. Certains animaux prennent un meilleur soin de leurs petits que d’autres.

La forêt est le séjour de beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux, l’eau est le séjour des poissons et des reptiles. A l’intérieur d’une même espèce, les oiseaux ne sont pas tous semblables, et il en est ainsi avec les animaux et avec les êtres humains. La raison pour laquelle Wakan Tanka ne fait pas deux oiseaux, deux animaux ou deux êtres humains absolument pareils est qu’il les a tous placés ici pour ne dépendre de personne et se suffire à eux-mêmes.

Depuis l’enfance, j’ai observé les feuilles, les arbres et l’herbe, et je n’en ai jamais vu deux absolument pareils. Ils peuvent se ressembler, mais en les examinant, j’ai trouvé qu’ils différaient sensiblement. Les plantes appartiennent à des familles différentes. II en va de même pour les animaux. Il en va de même pour les êtres humains, ayant chacun la place qui lui convient le mieux. Les graines des plantes sont portées par le vent jusqu’à ce qu’elles atteignent l’endroit où elles pousseront le mieux, où l’action du soleil et la présence d’humidité leur seront le plus favorables. Elles prennent racine et grandissent là.

Toute créature vivante, toute plante est un bienfait. Certains animaux affirment leur raison d’être par des actes précis. Les corbeaux, les buses et les mouches se ressemblent en quelque sorte par leur utilité, et même les serpents ont une raison d’être.

L’amour de la nature chez les Lakotas

Le Lakota était rempli de compassion et d’amour pour la nature. Il aimait la terre et toutes les choses de la terre, et son attachement grandissait avec l’âge. Les vieillards étaient – littéralement – épris du sol, et ne s’asseyaient ni ne se reposaient à même la terre sans le sentiment de s’approcher des forces maternelles. La terre était douce sous la peau, et ils aimaient à ôter leurs mocassins et à marcher pieds nus sur la terre sacrée. Leurs tipis s’élevaient sur cette terre dont leurs autels étaient faits. L’oiseau qui volait dans les airs venait s’y reposer, et la terre portait, sans défaillance, tout ce qui vivait et poussait. Le sol apaisait, fortifiait, lavait et guérissait.

Ces relations qu’ils entretenaient avec tous les êtres sur la terre, dans le ciel ou au fond des rivières étaient un des traits de leur existence. Ils avaient un sentiment de fraternité envers le monde des oiseaux et des animaux, qui leur gardaient leur confiance. La familiarité était si étroite entre certains Lakotas et leurs amis à plumes ou à fourrure que, tels des frères, ils parlaient le même langage.

Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l’homme éloigné de la nature devient dur; il savait que l’oubli du respect dû à ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. Aussi maintenait-il les jeunes gens sous la douce influence de la nature.

Chef Luther Standing Bear

Les origines du maïs selon les Mikasukis

Deux frères vivaient avec leur grand-mère près du marais du Grand Cyprès. La vieille femme s’occupait de la maison et cuisinait pour ses petits-enfants, qui, tous les jours, partaient à la chasse. Ils étaient bons chasseurs. Ils rapportaient des oiseaux, des lapins, des poissons, des anguilles et des dindes sauvages…

Un jour, la grand-mère vit ses petits-enfants assis sur le seuil de la maison, l’air découragé. La nature était en fête, mais ils avaient l’air découragé. « Que se passe-t-il ? » leur demanda-t-elle. « C’est une belle journée, la nature est en fête, et vous paraissez si tristes. » Le frère aîné dit : « Nous sommes fatigués de manger tous les jours de la viande. Ne pourrions-nous pas avoir autre chose pour changer ?’ La vieille femme répondit :  » La viande est une nourriture sacrée que le Grand Esprit nous a donnée. » Le frère cadet répliqua qu’il valait mieux ne pas abuser des présents du Grand Esprit, et varier un peu les menus. La grand-mère réfléchit et dit : « C’est une idée. » Et elle leur demanda : « Quel animal espérez-vous abattre aujourd’hui ? Un daim ? Eh bien, à votre retour, la moitié du dîner sera déjà préparée. Ce sera un bon repas, et nous cuirons la viande pour aller avec. »

Les frères partirent à la chasse. Ils se demandaient : « Tiendra-t-elle sa promesse ? Est-elle capable de réaliser ce qu’elle a promis ? – Oui, ses pouvoirs sont grands. Je crois qu’elle le peut. Oui, ses pouvoirs sont grands. »

Ils rentrèrent vers le soir, et de leur maison parvenait une odeur délicieuse.

« Grand-mère, grand-mère, crièrent-ils, que cuis-tu qui sent si bon ? » La grand-mère leur dit de dépecer la bête, de découper la viande en fines lanières, et de la lui apporter. C’était un jeune daim, et la viande fut bientôt cuite. La grand-mère prépara un grand bol de nourriture pour chacun. Cette nourriture n’avait le goût de rien de ce qu’ils connaissaient jusqu’à présent. C’était un mets délicat et savoureux. Ils voulurent savoir de quoi il s’agissait. La grand-mère leur répondit : « Le nom de cet aliment est maïs. »

Le lendemain, ils partirent de nouveau à la chasse. « Que me rapporterez-vous aujourd’hui ? » demanda la grand-mère. Ils répondirent qu’ils comptaient chasser un dindon sauvage. Et la grand-mère leur dit : « Ce soir, ce soir, il y aura encore un nouveau plat. »

Lorsqu’ils rentrèrent le soir, une odeur merveilleuse se dégageait de la maison. Une odeur rappelant celle du maïs de la veille, mais différente. Ils dépecèrent la bête, en donnèrent la viande à leur grand-mère, et attendirent l’heure du repas avec impatience. Le nouveau mets était délicieux. Ils demandèrent : « Quel est le nom de ce plat ? » Et elle répondit : « C’est du gruau, mes enfants, un autre présent que vous fait le maïs. »

Le lendemain, ils tuèrent des rats musqués. Une nouvelle odeur alléchante les attendait : la grand-mère laissait mijoter du maïs séché, et le repas fut aussi bon que les précédents. « Grand-mère, s’exclamèrent-ils, il y a tant de manières de préparer le maïs ! » Et elle dit : « Personne ne vit assez vieux pour apprécier tous les présents qu’offre le maïs à l’homme. »

Le lendemain, les deux frères partirent à la chasse, mais après quelques instants, frère cadet décida de rester, et frère aîné partit seul; frère cadet se cacha à proximité de la maison. Vers midi, il comprit que sa grand-mère se mettait à préparer le repas du soir. Il se rapprocha discrètement, et l’observa à la dérobée.

Il vit sa grand-mère étendre sur le sol une peau, et déposer à côté un bol en bois. Elle s’accroupit alors sur la peau, et se frotta les flancs avec les paumes de la main. Le maïs tombait de son corps nu sur la peau. Frère cadet s’enfuit rapidement à travers les bois, à la rencontre de frère aîné. Il lui raconta : « J’ai vu d’où notre grand-mère tire le maïs. Le maïs vient de son corps; elle se frotte les flancs, et le maïs tombe sur le sol, où elle n’a plus qu’à le ramasser. » Frère aîné était perplexe : « C’est impossible. Pourquoi ferait-elle ça ? Comment peut-elle penser que nous voulons manger le corps de notre grand-mère ? Nous ne sommes pas des cannibales. »

Ils rentrèrent vers le soir, dépecèrent leur gibier. Une odeur alléchante se répandait dans l’air, mais ils n’avaient pas faim. La grand-mère s’inquiéta : « Que vous arrive-t-il ? N’aimez-vous donc plus ma cuisine ? N’aimez-vous donc plus le maïs ? » Les deux frères étaient gênés, ils savaient pas quoi dire. Ils essayèrent de la rassurer, mais en vain; la grand-mère comprit leur trouble; elle poussa un cri, et tomba à terre, évanouie. Lorsqu’elle revint à elle, elle dit d’une voix affaiblie : « Vous avez découvert mon secret. Maintenant que mon secret est découvert, je dois me préparer à vous quitter. » Les deux frères sentirent les larmes leur monter aux yeux : « Grand-mère, ne meurs pas, ne nous quitte pas, reste avec nous, ne meurs pas, comment vivrons-nous sans toi ? » La grand-mère fit un effort pour leur parler; ses yeux étaient entrouverts, et son souffle court : « Je serai toujours avec vous. Je vais partir. Mais je serai toujours avec vous. Voici ce que vous allez faire : vous allez enterrer mon corps dans le champ, sur la colline, à l’abri des inondations. Vous me déposerez par terre, et vous recouvrirez mon corps de terre noire. Puis vous élèverez une clôture tout autour de ma tombe afin d’en écarter les porcs sauvages; vous ne laisserez personne s’approcher de ma sépulture. Au printemps suivant, vous verrez quelque chose de vert sortir du sol; de la terre où je serai enfouie, les plants pousseront hauts et verts. Ils s’épanouiront. De beaux épis garniront ses flancs. Ne touchez pas encore à mes plants. En automne, seulement, vous récolterez les épis, vous sécherez le grain, et vous l’entreposerez dans un endroit sec et propre, que les rats ne pourront pas atteindre. Puis vous attendrez le printemps. »

« Que faudra-t-il faire alors, grand-mère ? » ­ »Lorsque le grain sera sec et proprement emmagasiné, vous irez dans le monde vous chercher une épouse. Vous vous trouverez des épouses, et les emmenerez ici. Et c’est elles qui planteront au printemps le maïs. Voilà comment il faudra procéder : vous élèverez dans les champs de petites mottes de terre alignées en files. Dans chacune, vous planterez quatre graines de maïs et quatre haricots. Le maïs et le haricot pousseront ensemble et, entre les rangées, vous planterez leur petite soeur, la courge. Si vos femmes prennent bien soin de mon champ, vous vivrez toujours heureux, car vous êtes vous-mêmes bons chasseurs. Et tant que le maïs sera cultivé, je demeurerai parmi vous. »

La grand-mère soupira. Elle était vieille et fatiguée, et surtout, elle avait épuisé tous ses pouvoirs. Avant de mourir, elle bénit ses petits-enfants, leur souhaita une vie heureuse, et de réussir avec leurs femmes et leur jardin.

Les deux frères obéirent à leur grand-mère. Ils l’enterrèrent comme elle le leur avait demandé. A l’automne, lorsque le maïs fut récolté et séché, ils se trouvèrent des épouses qu’ils ramenèrent avec eux.

Voici comment le maïs parvint aux Mikasukis, et comment les Mikasukis apprirent à le cultiver.

Le mythe est assez répandu en Amérique du Nord. Les Séminoles, les Cherokees, des Senecas, les Pueblos du Rio Grande expliquent de manière analogue les origines du maïs. Le thème de la mort et de la résurrection – le corps de la grand-mère qui revit sous la forme de plante – est la caractéristique essentielle de tous les mythes concernant les origines du maïs. Un parent, le plus souvent une femme, se sacrifie afin de donner vie à la plante. Le maïs est alors vénéré comme un ancêtre. On s’adresse à lui en termes de parenté.

 

Bibliographie

Pieds nus sur la terre sacrée; Textes rassemblés par T.C. McLuhan. Ed. Denoêl, 1971.

Terre sacrée; Serge Bramly. Espaces libres. Albin Michel, 1992.

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Suite aux récents attentats qui ont secoué Paris, de nombreux appels à combattre la peur et la haine fleurissent sur les réseaux sociaux. L’appel au courage et à la dignité fait référence à une vision de l’humain véhiculée par les Droits de l’Homme mais également présente dans de nombreuses philosophies humanistes depuis la plus haute antiquité : des réponses peuvent être trouvées en relisant les stoïciens, modèles de force intérieure contre la barbarie.

Par Sylvain Cigna, Formateur à Nouvelle Acropole Belgique

« C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote » Sénèque

Le travail de la vie intérieure dans les écoles de philosophie antiques

L’idée générale de la philosophie morale est de postuler que l’humain peut parvenir à davantage de perfection. Mais bien plus que cela, les écoles de philosophie antiques postulent un modèle humain idéal qu’il s’agirait d’incarner ou d’atteindre. Les Grecs représentent ce modèle humain par trois cerclent qui s’interpénètrent :

  • le Soma est la partie la plus dense et matérielle mais aussi la plus lourde et difficile à mettre en mouvement.
  • la Psyché représente la partie médiane, siège des images qui peuvent relier le visible et l’invisible. C’est également le siège des émotions qui visent la conservation de l’existence matérielle et des sentiments, plus élevés et plus subtils, qui nous mènent vers le monde des Idées.
  • le Noos, esprit ou siège du monde des Idées qui nous meuvent et peuvent nous conduire à l’Unité.

Ces trois caractéristiques sont reliées par la Conscience, qui a la faculté de descendre dans le monde matériel ou de s’élever dans le monde spirituel. Elle peut s’étendre, embrasser les trois parties de notre être et les unir. Pour les Grecs, et les Romains ensuite, l’humain est un être complet reliant la matérialité à l’esprit et pouvant exprimer les idées les plus profondes et les vertus les plus élevées. Les exercices spirituels des écoles de philosophie conduisaient à la réalisation de l’unité de l’Être Humain qui atteint son apogée dans la pratique consciente de la vertu, conçue par Socrate comme un bien constitutif de notre humanité.

L’école de philosophie stoïcienne, née en Grèce vers 300 AC, également présente à Rome a influencé des personnages aussi divers que Descartes, Rousseau, Montaigne ou encore Pierre Hadot et Comte Sponville. Elle est généralement considérée comme descendant directement de la pensée socratique. La pensée qu’elle véhicule continue à développer la vision du Bien et des vertus que ses protagonistes pratiquent quotidiennement. Parmi eux, nous trouvons Sénèque qui insiste notamment sur la conduite morale et la comparaison de soi à la perfection humaine ; Épictète, précepteur et esclave, qui trouve la clé du bonheur dans le fait de ne s’occuper que de ce qui dépend de notre propre volonté ; ou encore Marc Aurèle, empereur philosophe, qui mesure sa force intérieure à la lourde tâche du chef d’état.

Ces trois penseurs et acteurs de leur temps sont des modèles de pratique des vertus au-delà des circonstances souvent difficiles de leur vie et de leur époque. Ils nous inspire dans l’attitude que nous pouvons développer face à nos défis quotidiens. Ce que démontre la dimension pratique de leur philosophie, c’est le développement d’une intériorité qui donne un espace de pensée et de recul qui permet d’agir en toute situation. Ils développent cette possibilité par un entraînement constant, comme il est possible d’entraîner un muscle. Marc Aurèle nous en donne un aperçu dans son recueil de pensées qui sont en fait des extraits du journal qu’il écrivait chaque jour pour thésauriser son expérience ou s’exhorter à se souvenir de la vertu.

Les stoïciens, modèles de force intérieure

Ces philosophes stoïciens nous transmettent l’idée d’une force intérieure qui peut se développer à l’occasion de tous les événements qui surviennent dans notre vie. Pour ces philosophes praticiens, les difficultés sont des épreuves qu’il s’agit de dépasser et qui nous apprennent à vivre si nous en retirons une expérience consciente. Nous sommes en définitive les seuls responsables de la manière dont nous percevons ce qui nous arrive.

Marc Aurèle se dit à lui-même : « Prends garde à ne point te césariser, à ne pas te teindre de cette couleur, car c’est ce qui arrive. Conserve-toi donc simple, bon, pur, digne, naturel, ami de la justice, pieux, bienveillant, tendre, résolu dans la pratique de tes devoirs. Lutte pour demeurer tel que la philosophie a voulu te former. Révère les dieux, viens en aide aux hommes. La vie est courte. L’unique fruit de l’existence sur terre est une saine disposition et des actions utiles à la communauté ».

Épictète dit : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais le jugement qu’ils portent sur les choses » ou encore : « N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive (…) et tu seras heureux ».

Sénèque à son élève : « Que tu étudies avec acharnement et que tu renonces à toute chose pour n’en faire qu’une seule : te rendre meilleur chaque jour, je l’approuve et je m’en réjouis (…) mais je te recommande de ne pas agir à la manière de ceux qui désirent non progresser mais attirer les regards, en te faisant remarque par ton comportement ou ton genre de vie », ou encore : « C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote ».

Ces pensées sont les fruits de leurs expériences et peuvent être autant de phares dans l’obscurité des événements qui nous emportent comme une mer déchaînée. En les méditant et en les pratiquant au jour le jour, le philosophe, le chercheur de sagesse, développe une force intérieure qui permet de rester fermement ancré et lucide. C’est l’un des aspects que propose la démarche philosophique : être plus fort pour agir dans l’adversité. C’est la base d’une vie digne et libre, si nécessaire dans la société qui nous entoure et à laquelle nous participons.

Le développement de ces vertus, de cette dignité, de cette liberté, chez nous et autour de nous peut contribuer à vaincre les difficultés personnelles et sociétales pour un avenir meilleur et plus harmonieux. C’est aussi et surtout un travail volontaire et conscient de développement des capacités latentes que tous les humains portent en eux : c’est en cela une opportunité de mettre en œuvre concrètement l’un des piliers de la démocratie : l’égalité, celle de nos possibilités de développement quelle que soit notre ethnie, nos croyances ou notre sexe.