Author: jonathan

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Comment tout peut s’effondrer… Et renaître.

Samedi 19 mars de 14h à 17h30. Conférences – Atelier. PAF libre

Aujourd’hui il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie.

Edgard Morin

Nous le sentons, notre civilisation industrielle vacille. Elle vacille concrètement: les crises du système financierVille_effondree, de l’épuisement des ressources fossiles et du réchauffement climatique convergent et s’intensifient, à tel point qu’un nombre croissant d’intellectuels y voient les prémisses d’un effondrement. Elle vacille également dans son imaginaire et ses valeurs: le mythe du progrès techno-scientifique ne fait plus l’unanimité, les valeurs de compétition et de consommation sont de plus en plus rejetées.

Comment les initiatives de transition peuvent-elle converger et faire naître la nouvelle civilisation dont nous parle Edgar Morin? Un nouvel imaginaire sera primordial pour que cette nouvelle civilisation émerge, ce sera le fil rouge de cet après midi. Dans la première partie, nous verrons les moyens de détricoter l’imaginaire de croissance infinie de la civilisation des énergies fossiles. La seconde partie sera consacrée aux outils de l’imaginaire: comment les rites, les mythes et les symboles peuvent-ils nous aider dans les initiatives de transition?

14h00 -15h30 Déconstruire l’imaginaire de la croissance infinie. Conférences sur la naissance, l’effondrement et la renaissance des civilisations

15h45-17h30 Imaginer le monde de demain.

  • Education, culture et imaginaire : les ponts entre transition individuelle et collective, Sylvain Cigna, sociologue et psychologue, formateur à Nouvelle Acropole Belgique
  • Ateliers sur l’utilisation des mythes, symboles et rites pour construire un nouveau rapport au politique, à la science, à l’économie, à la religion.

17h30 : Drink. Pour ceux qui veulent prolonger le partage !

Infos pratiques

  • Samedi 19 mars de 14h à 17h30.
  • PAF libre
  • Au centre Aurélia: 15, rue Melsens, 1000 Bruxelles
  • Nombre de places limité, inscription recommandée!

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Alors que le Mythe de la Caverne nous a été transmis par Platon il y a 24 siècles, il est plus que jamais actuel. Pour illustrer l’idée du Mythe dans les rues, de jeunes aspirants philosophes de notre école sont sortis dans le centre de Bruxelles ce samedi 23 janvier.

Imaginons que nous soyons des prisonniers de notre société, que nous soyons menés par des désirs artificiels créés par les médias, que nous portions de l’attention sur ce qui est visible à l’extérieur – argent, apparence, biens matériels – en oubliant la dimension intérieure – valeurs humaines, potentiel de développement, ouverture envers les autres et l’univers.

Ainsi, le char est tiré par un prisonnier des valeurs de notre société. La véritable liberté réside dans la capacité à identifier ses désirs et à ne pas les suivre aveuglément. Nous pouvons choisir de ne pas poursuivre cette quête. A tout moment, nous pouvons choisir une autre direction : aller à la recherche du Beau, du Vrai, du Juste et du Bon.

 

 

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Royaume mythique, Shambhala livre ses enseignements remplis de sagesse, celle de la voie sacrée du guerrier, une voie de bonté et de courage, libérée de la peur d’être soi-même.

Par Fernand Figares – Président de Nouvelle Acropole Belgique

Le royaume mythique de Shambhala

Chögyam Trungpa, reconnu comme l’une des figures marquantes de la génération contemporaine tibétaine, a su présenter au grand public, sous forme moderne, les enseignements traditionnels du royaume de Shambhala [1].

Le bouddhisme a joué un rôle important dans l’évolution de la société de Shambhala et la légende nous raconte que Bouddha Siddharta Gautama dispensa son enseignement au premier roi de ce pays himalayen.

Chez les Tibétains, une croyance populaire veut que le royaume de Shambhala existe encore, caché dans quelque vallée lointaine des montagnes inaccessibles de leur pays. Selon d’autres versions de la légende, le royaume disparut de la surface de la terre il y a bien des siècles. D’après ces récits, les rois Rigden de Shambhala continuent à veiller aux affaires humaines et ils reviendront un jour sur terre pour sauver l’humanité de la destruction. Beaucoup de Tibétains croient que le grand roi guerrier Gésar de Ling, fut inspiré et guidé par les Rigden et la sagesse de Shambhala. Gésar vécut vers le XIe siècle et régna sur la principauté de Ling dans le Tibet oriental. Ses exploits de guerrier et de souverain se répandirent après sa mort dans tout le Tibet et finirent par constituer sa plus imposante épopée de la littérature tibétaine. Selon les récits légendaires, Gésar reviendra de Shambhala à la tête d’une armée pour conquérir les forces des ténèbres dans le monde.

Selon Chögyam Trungpa, les enseignements de Shambhala se fondent sur la prémisse qu’il existe réellement une sagesse humaine fondamentale qui peut nous aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ou d’une religion. Il s’agit plutôt d’une tradition humaine de l’art du guerrier qui a existé dans de nombreuses traditions et à bien des périodes de l’histoire. Le mot guerrier traduit le tibétain pawo, qui signifie littéralement vaillant. L’art du guerrier dans ce contexte est la tradition de la vaillance humaine, la tradition du courage. Les Indiens des Plaines, les légendes des cultures précolombiennes d’Amérique du Sud, l’idéal japonais du samouraï, les chevaliers de la Table Ronde et le Roi Arthur sont tous de beaux exemples de l’art du guerrier.

Le guerrier reconnait sa peur

Le secret de l’enseignement de Shambhala est de ne pas avoir peur de soi. Cela implique une forte dose de générosité car lorsque nous avons peur de nous-mêmes et du monde environnant, nous devenons extrêmement égoïstes et nous construisons notre propre cocon afin d’y vivre seuls et en sécurité. C’est comme si nous voulions retourner à l’utérus maternel et nous y blottir pour toujours, afin d’éviter la naissance.

Aveuglés par la lumière du jour, nous préférons nous cacher dans les souterrains de notre personnalité. Nous pensons être à l’abri mais au fond de nous-mêmes, nous continuons à tressaillir de peur.

La voie de la lâcheté consiste à nous enfoncer dans un cocon pour y perpétuer des processus habituels. Constamment occupés à reproduire nos schémas de conduite et de pensée, nous ne nous sentons jamais obligés de faire un bond dans l’air libre, vers d’autres horizons. Bien au contraire, nous nous engouffrons dans la pénombre de notre propre environnement, sans autre compagnie que l’odeur de notre propre sueur.

Ce cocon humide et malsain nous paraît un héritage, un bijou de famille, et nous refusons de nous départir de ce souvenir mi-bon, mi-mauvais. Dans le cocon, il n’y a aucune forme de danse : on n’y bouge pas, on n’y respire pas, on n’y cille même pas.

C’est un endroit confortable et soporifique, un chez-nous à l’atmosphère concentrée et très familière. Le monde du cocon n’a jamais connu le grand nettoyage du printemps[2].

Nous commençons à dépasser la peur lorsque nous l’observons, lorsque nous nous mettons à examiner cette obscurité confortable, à la toucher, à la regarder. Elle change soudain de visage ! Elle n’est plus notre refuge mais notre prison et la peur devient insoutenable. Il faut sortir ! Donc, le premier élan qui fait que l’on se détourne de l’obscurité, du cocon vers la lumière est un désir d’air frais.

En effet, l’expérience du courage se fait à travers l’expérience de la peur. Pour commencer, il faut cesser de se punir ou de se condamner. Il nous faut reconnaître notre peur, en prendre conscience et nous réconcilier avec elle en sachant que l’essence de la lâcheté est de ne pas reconnaître la peur. D’ailleurs, puisque nous sommes capables d’éprouver la peur, nous pourrions également accéder à l’expérience du courage, qui ne vise pas à supprimer la peur, mais à la dépasser.

La reconnaissance de la peur nous rend mélancoliques : nous éprouvons une grande tristesse. La solitude nous embrasse et nous ressentons une lourde sensation dans la poitrine. Si nous parvenons à lâcher prise, des larmes montent aux yeux et annoncent que nous sommes prêts à faire l’expérience du courage : elles apportent le premier signe d’un authentique esprit de guerrier.

Trouver ce que nous avons à offrir

Ces larmes sont l’avant-garde de notre volonté de sortir en plein air, de notre volonté de quitter le cocon que nous avions bâti pour nous protéger de nous-mêmes. Il faut sortir et découvrir en nous ce que nous pouvons offrir au monde car le monde a besoin de nous et nous avons besoin du monde. C’est pourquoi nous devons nous efforcer d’examiner notre propre expérience afin de voir ce qu’elle contient d’utile pour ennoblir notre existence et pour aider les autres à en faire autant.

Si nous sommes disposés à y jeter un coup d’oeil impartial, nous verrons que malgré tous nos problèmes et toute notre confusion, malgré les hauts et les bas émotionnels, il y a quelque chose d’intrinsèquement bon dans notre existence d’êtres humains. Il est indispensable d’expérimenter cette racine de la bonté et de la confiance primordialement libre pour envisager une amélioration quelconque de nous-mêmes et de notre entourage. Si nous ne faisons que râler, que pleurer nos malheurs et notre misère, si nous n’avons que pitié de nous, quels droits avons-nous de demander de l’aide, de la justice ou du simple réconfort ?

Qui n’a pas ressenti le plaisir d’une bouffée d’air frais en sortant d’une pièce pleine de fumée et d’odeurs denses ? Vous rappelez-vous le premier baiser ? Une plongée dans un lac de montagne lorsque la canicule, la transpiration et la fatigue nous ont presque étouffés ! Voilà la bonté qu’il nous est donné d’entrevoir à chaque instant, mais souvent, nous ne la reconnaissons pas.

Dans l’enseignement de Shambhala, cette expérience de la bonté doit être utilisée pour découvrir en nous ce que nous pouvons offrir aux autres et débuter ainsi dans la voie du guerrier.

Pourtant il reste encore une question. Quel rapport ont ces expériences que nous avons faites avec notre expérience courante ? Nous ne pouvons pas courir de gauche à droite pour essayer de nous approprier cette bonté, moins encore de vouloir l’acheter. Dans ce cas, le problème est que l’on ne sera jamais satisfait, même si on obtient ce qu’on veut parce que nous continuerons à désirer toujours plus.

La réponse à ces questions est très simple: il nous faut lâcher prise, il nous faut de l’humour ! Notre problème est que nous prenons la vie trop au sérieux. Si nous pouvions rire de nous-mêmes de temps en temps ! De nos jours, il y a des thérapies pour la dépression basées sur le rire : il faut rire jusqu’à l’hystérie. Je n’ai pas expérimenté la technique, mais je suis certain qu’elle est bonne !

Les trois refuges

Dans le bouddhisme, nous trouvons le lâcher prise dans l’énoncé des trois refuges : je prends refuge dans le Bouddha, je prends refuge dans le dharma, je prends refuge dans la sangha.

Je prends refuge dans le Bouddha consiste à faire l’expérience de l’abandon – c’est-à-dire reconnaître la négativité comme une composante de notre être – et de l’ouverture à cette négativité. Certainement nous sommes maladroits, souvent stupides ; nous avons manqué de courage dans mille et une circonstances, nous nous en voulons à mort pour ne pas avoir réagi à temps… La liste peut s’allonger au goût de chacun. Et alors ! Nous sommes vivants ! Nous avons un enfant, une certaine intelligence, probablement un travail qui nous permet de manger et de dormir au chaud tandis que la moitié de la planète crève de froid et de faim. Nous avons trop, et nous ne nous en rendons pas compte !

Je prends refuge dans le dharma (la loi de l’existence) consiste à faire l’expérience de la vie comme elle est. Je veux ouvrir les yeux aux circonstances de la vie telles qu’elles sont réellement, et non telles que je voudrais qu’elles soient. Autrement, le monde devient un mirage brumeux dans lequel il nous faut des masques pour survivre. Nous devons réapprendre à vivre et pour ce faire, il faut ôter les masques.

Tout le monde les utilise, et tout le monde le sait. Lorsque quelqu’un se montre comme il est, il donne l’exemple aux autres et sera reconnu par ceux qui gardent encore un peu de dignité. La pire laideur se transforme par le courage et la voie de guerrier s’ouvre à celui qui se libère de la peur d’être soi-même.

Je prends refuge dans la sangha (la communauté, les compagnons) consiste à partager son expérience avec les autres mais sans dépendre d’eux, sans s’appuyer les uns sur les autres lorsqu’on avance dans le chemin. Si dans un groupe humain, les uns prennent appui sur les autres, lorsque l’un trébuche, tout le monde trébuche [3].

Se soutenir n’est pas s’appuyer. Les plus faibles doivent apporter leur effort à la communauté, même si les plus forts poussent avec plus de vigueur. Parmi les hommes, il en est de faibles et de plus forts mais les uns et les autres sont des êtres humains. L’assistance est une des maladies de notre société et lorsqu’une personne devient assistée, on tue son droit fondamental à participer au voyage de l’humanité.

Être faible n’est pas honteux et si nous regardons bien à l’intérieur de nous-mêmes, nous trouverons toujours quelque chose à partager avec nos compagnons de route et nous pourrons redécouvrir la fraîcheur de la brise pendant que nous marchons ensemble, les uns avec les autres.

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[1] Chögyam Trungpa : Shambhala, la voie sacrée du guerrier, Éditions du Seuil, 1990.

[2] Chögyam Trungpa : Pratique de la voie tibétaine, Éditions du Seuil, 1976.

[3] Chögyam Trungpa : Pratique de la voie tibétaine, Éditions du Seuil , 1976.

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Samedi 30/01/2016  de 15 à 18h – Conférence débat

En novembre, la terreur a frappé Paris une fois de plus en cette année 2015. Une fois de plus, nous avons vécu ces événements à travers les images véhiculées par les médias. État de choc, incompréhension, appréhension, peur… On pouvait difficilement rester de marbre face à ces faits qui nous touchent de si près. Non, même la capitale mondiale de la culture n’est pas à l’abri du terrorisme international. Même nous, dans la capitale administrative de l’Europe, n’avons pas vécu les semaines suivantes normalement, ne serait-ce parce que notre ville était en niveau d’alerte 4: métro et écoles fermées, militaires en patrouille à la Bourse, à Sainte Catherine, devant la Grand Place et le Manneken-Pis.

Car l’arme la plus puissante des terroristes n’est pas leur Kalashnikov ou leur ceinture d’explosif. C’est l’émotion suscitée par leur actes, transportée à travers les images, les écrits, les paroles: la terreur, la peur extrême, la peur comme arme de guerre psychologique. Les attentats ont des conséquences bien au delà des séquelles physiques et psychologiques, affectant nos habitudes de vie, notre vision du monde et même nos opinions politiques qui (dé)forment notre démocratie – suite aux attentats de janvier 2015, 38% de français avaient déclaré avoir changé de sensibilité politique (1).

Cette peur est-elle justifiée? Est-elle rationnelle? Devons l’ignorer comme ceux qui clament « Not afraid » sur leur profil Facebook? Devons nous l’accepter avec le cortège de mesures sécuritaires qui y sont liées? Cette émotion, bien que nommée dans de nombreux médias, est rarement explicitée. C’est l’objet de cette conférence: pouvoir mieux comprendre ce qu’est la peur, ce qu’elle implique comme conséquences, et les voies pour la maitriser. Nous irons interroger des philosophes classiques et contemporains, mais aussi les enseignements des arts martiaux traditionnels, pour poser le cadre de l’échange qui s’en suivra.

(1) Vincent Nouyrigat. « Vivre dans l’angoisse, ce que la science dit du traumatisme« , Science & Vie, janvier 2016

 

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INTERVIEW COIFFEUR MICHEL
LA FETE DES VOISINS, rue de Flandre !
HISTOIRE DES BASSINS (suite)
LE COIN DU PHILOSOPHE

INTERVIEW COIFFEUR MICHEL

Michel Hair Fashion, rue van Artevelde,

Le dernier des Mohicans … qui ne mâche pas ses mots !!!

Un regard sans concessions

 Nous connaissons le coiffeur, mais qui est l’homme ?

Je suis d’origine tunisienne. Je suis arrivé seul, livré à moi-même, le 31 mai 1969. J’ai toujours habité le quartier. J’ai vécu un moment Chaussée de Wavre, puis au 72 avenue des Chartreux.   Je louais la chambre la moins chère : 1400fb à l’époque : personne n’en voulait parce que le tram passait dans la rue et faisait trembler toute la maison !

J’avais 18 ans et demi. J’étais inscrit à l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, rue du Trône. Je suis venu pour un stage. A ce moment-là, c’était plus facile. Il n’y avait pas autant de démarches administratives comme aujourd’hui. Le stage durait un an mais j’avais la possibilité de le prolonger de 6 mois. Je travaillais rue du Pont Neuf chez le coiffeur Mario qui n’existe plus aujourd’hui. A l’époque, le boulevard Anspach était superbe. Il y a avait des grands magasins comme Tits, Hamelot,  les Jackson, la haute couture française, …

Parlez-nous de votre carrière !

J’ai eu le bonheur de coiffer pas mal de gens comme Cudell, le père Simonet. Ils venaient tous chercher leurs costumes chez Mr Tits qui était le président de la Chambre de Commerce.

Quand ils arrivaient au salon, ils voulaient toujours que je les coiffe. On était dans le quartier de « la Dernière Heure », du « Het Laatste Nieuws », du « Pourquoi Pas ? », un quartier très animé, très commerçant. Mr Tits venait se faire coiffer chez moi. Il ressemblait un peu à Henri Kissinger, et toujours basané ! Un type formidable, un très bon ami. Un jour, je lui ai dit : « C’est la dernière fois que je vous coupe les cheveux ! ». « Comment ça ? » Et je lui explique mon cas. Là-dessus, il me dit : « Mais enfin ! La Belgique ne peut pas se passer d’un talent pareil !!! Il faut absolument que vous restiez ! ».   A l’époque, les politiciens pouvaient beaucoup. Aujourd’hui, ils sont surveillés par les médias, etc, … Ils n’ont plus le même pouvoir pour aider les gens. Il a écrit à son copain, Ministre du Travail, et au bout de quelques semaines, j’ai reçu mon permis B. A l’époque, il fallait rester 3 ans chez le même patron pour avoir le permis A qui permettait de changer de métier. Grâce à cela, je suis resté. J’ai continué l’école. Ensuite, j’ai travaillé pendant 17 ans chez Men’s Coiff, rue de la Vierge Noire. Après quoi, je me suis installé rue des Poissonniers dans l’ancienne boucherie. Tout le bloc de l’Ilot Bourse qui appartenait à la famille Delyck a été vendu à une société anversoise. Ils nous ont invités à partir. Ce que j’ai refusé car cela ne faisait que quelques mois que j’étais là. Au départ, j’étais seul à résister.   Le dernier des Mohicans ! Par la suite, Adel s’est joint à moi (Restaurant de la Bourse – Voir Carillon n°9). Avec l’aide du Beursschouburg, du BRAL, nous avons entamé une procédure judiciaire. Tout a été très médiatisé. TV Brussel est même venu.   On a fait pas mal d’interventions et nous avons eu gain de cause et gagné tous nos procès. Entre temps, l’ilot a été vendu plusieurs fois. Il a été finalement acheté par City Hôtel. Des gens extrêmement compétents, très professionnelsIl ne restait plus qu’Adel et moi. Finalement, l’ilot a été vendu à Vangasteel Invest. Mais nous avons perdu le procès contre eux et nous nous sommes installés ailleurs. J’étais persuadé que nous ne pouvions pas perdre car un jugement de loi avait été prononcé. Ils ont fait beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas faire ! C’est Merkir (à qui j’en veux toujours) qui a autorisé tout cela ! On n’a pas respecté le plan d’affection des sols. Nous avons été « arrangés » devant le tribunal du Commerce.

Il n’y a plus de vie dans ce coin maintenant.   Mayeur aurait mieux fait de commencer par réhabiliter le tronçon Rogier-De Brouckère pour relancer l’économie dans ce coin : des bâtiments entiers et des magasins sont vides, c’est lugubre.   Le quartier va être livré au vandalisme et à la dégradation, …

Il a des choses que j’ai vraiment du mal à accepter quand on voit l’évolution du quartier. Mais quand c’est décidé, c’est comme ça ! On ne revient pas en arrière. Pourquoi nous inviter à des discussions pour agir comme cela ? Mayeur a promis des parkings : on ne les voit pas.   De la sécurité : il n’y en pas. De la propreté : il n’y en n’a pas. Un arbre ou des fleurs sur le boulevard : il n’y en a pas ! Les transports en communs ont-ils été vraiment été pensés ? Non ! Il n’y a rien. Cà va être le chaos! Il a une vision tout à fait différente de celle des commerçants. Il pense « touristes ». Mais qui paye les taxes régionales, fédérales, provinciales et communales ? Plus la taxe de solidarité! Les touristes ou les locaux ? C’est normal de payer des taxes mais on n’en voit pas les fruits !

J’ai des clients qui viennent de Londerzeel, Wolvertem, Gand, Aloost, Asse, Zellik , Dilbeek, Anderlecht. Mais c’est très très difficile d’arriver jusqu’ici ! Cela veut dire que les gens vont éviter d’entrer dans BXL et donc aller ailleurs.   Tous les sens giratoires changent, le piétonnier s’installe. D’accord, il faut donner la place aux vélos mais aussi aux voitures. Imaginez : tu vas à la Maison du Monde et tu achètes un abat-jour : comment tu vas le transporter ? En métro??  Et les 6 bouteilles d’eau que ta femme te demande ??? Tout le monde n’a pas un accès facile.   On va mettre trois fois plus de temps pour venir au boulot.   Ce n’est pas encore grave. Mais les gens qui veulent venir se faire coiffer chez nous, comment ils vont faire ? Et les commerçants autour ? On ne sait plus se garer nulle part. Les taxis sont coupés dans leurs trajets ! On nous a demandé de voter et les trois quart des gens ont dit non ! On ne sait pas parler avec ces gens-là !

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre quartier ?

Un peu plus d’hygiène avant toute chose. Il faut punir les gens fautifs! 500€ si on ne sort pas les poubelles le bon jour ! Ensuite, la sécurité. Il n’y a pas assez de policiers. La police n’a pas les moyens suffisants. Aussi, planter un peu plus d’arbres en ville. Et enfin faire en sorte que les gens puissent venir en ville, y vivre, donner l’envie de venir à Bruxelles ! Et pas seulement à vélo ! Il y en a qui disent : « Oui mais à Bordeaux on l’a fait ! ». Ok! Mais à Bordeaux, il y a 300 jours de soleil sur 365 ! Tout le monde a envie de prendre son vélo. Ici c’est 300 jours de pluie et 65 de beau temps ! J’ai quelques politiciens qui viennent ici ! Je deviens fou à parler avec eux ! On compare l’incomparable ! Il est clair que si ça ne va pas, on va se réunir et aller au Conseil d’Etat pour enlever tout cela ! Si les gens n’ont plus accès à nous, comment on va faire? J’ai fait des sacrifices dans ma vie pour avoir la clientèle que j’ai : je suis coiffeur attitré des Diables Rouges, j’ai tout fait pour avoir une bonne conduite. On peut être ami et pas d’accord sur un problème. C’est ça qu’il y a eu. Je ne veux pas de mal à Y. Mayeur, mais il a agi, sans tenir compte de la concertation. Je n’ai rien contre l’homme mais je ne suis pas d’accord avec sa politique. Il faut être à l’écoute. On doit construire la ville ensemble. On devrait pouvoir parler d’homme à homme, en mettant la politique de côté et mettre tous les points sur la table et m’expliquer le pourquoi des décisions prises !

A bon entendeur…

 

LA FETE DES VOISINS, rue de Flandre !

Quelle belle initiative ! Un magnifique travail, doublé de plaisir, pour une dizaine de « voisins » qui ont voulu créer l’occasion de se rassembler, de faire la fête, de partager un moment de franche convivialité! Si le temps était maussade, le soleil quant à lui était dans les cœurs et les sourires !

Ces quelques photos en sont le reflet.

17h: Rencontre entre voisins à plusieurs endroits. Tout le monde apporte et partage des choses à boire et à manger. Fred (salon de coiffure Cut Me) circule à vélo équipé de thermos de café, gobelets, sucre et lait. Sur demande, il transporte votre propre boisson/gâteau etc. vers un voisin qui se trouve à un des points de rencontre de la rue.

Les voisines, Ilse et Chantal, maquillent Anne Clicteur (Le Cabinet – Interview Carillon n°12) pour sa transformation en DJ

De 20 h à minuit: Un bal qui ne fait de mal. Bal dans la cour de la Bellone. Entrée gratuite.  DJ : Ann et Fred. Tout le monde pouvait apporter une chanson sur CD.

Vers 23h: Sélection par le public de la meilleure affiche personnalisée réalisée par les voisins les jours précédents la fête.

Un grand merci à Ann pour la réalisation de ce reportage !

 

HISTOIRE DES BASSINS (suite)

Nous avons vu, dans notre article précédent, comment Bruxelles, dès le seizième siècle, se dota d’un port de mer par la construction du petit canal de Bruxelles-Willebroeck. Celui-ci permit à la ville de se relier à Anvers en évitant le cours capricieux de la Senne et les taxes prélevées par la ville de Malines, jadis passage obligé vers l’Escaut. Le Grand Bassin ou Bassin du Commerce, les Bassins de l’Entrepôt, du Chantier, des Barques, des Marchands et, enfin, le bassin Sainte Catherine ont joué un rôle commercial fondamental jusqu’au début du XXème Siècle. Ce sont ces trois derniers bassins qui intéressent particulièrement notre quartier.

Le Bassin des Barques s’étendait jusqu’au Marché aux Porcs. Il tient son nom de la Maison des Barques où les particuliers pouvaient acheter leur passage vers Anvers ou Vilvorde. Le trajet débutait le long de l’Allée Verte ; il était agréable et plus rapide que par voie de terre. En 1839, le chemin de fer fit peu à peu disparaître ce romantique trafic maritime.

Le Bassin des Marchands s’étendait entre le Quai aux Briques, sur lequel se déchargeaient les fameuses briques de Boom dont presque toute la ville est construite, et le Quai du Bois à Brûler qui fournissait le bois nécessaire au fonctionnement des fours des boulangeries.

Trois ruelles relient le Quai des Briques à la rue de Flandre : la rue du Chien Marin tire son nom des fossiles d’un animal marin découverts lors du creusement  du canal. La rue du Pays de Liège doit le sien à une auberge où avaient coutume de descendre les Liégeois de passage dans la capitale. Et enfin, la rue du Nom de Jésus, par laquelle les pèlerins pauvres trouvaient refuge à l’hospice Sainte Corneille tout proche.

Le Bassin Sainte Catherine, perpendiculaire au précédent, occupait l’emplacement actuel de l’Eglise Sainte Catherine, édifiée par Poelaert au XIXe. Le Quai de la Grue, qu’on retrouve au niveau de l’espace qui sépare l’église de la Tour Noire, était doté d’une énorme machinerie de bois dont l’axe était mis en mouvement par deux imposantes roues latérales dans lesquelles marchait un homme pour actionner le treuil. Le lieu était très fréquenté et les nombreux chevaux attiraient des milliers de mouches à tel point que l’endroit fut surnommé « l’île aux mouches ». C’est cet engin qui déchargea la première locomotive du continent, importée d’Angleterre. Le Quai aux Semences près de la rue Ste Catherine et le Quai au Sel près de la rue de Flandre achevaient d’entourer le bassin.

Cependant, aux débuts de l’ère industrielle, les dimensions et le tirant d’eau du petit canal et des bassins vont s’avérer insuffisants. De grands travaux d’agrandissement de la voie d’eau vers la mer vont être entrepris et l’avenir des bassins va s’en trouver profondément bouleversé. Les nouvelles installations du port de Bruxelles permettront à celui-ci de se relier au canal Bruxelles-Charleroi et également d’accueillir des bateaux de pleine mer, ce qui fera de Bruxelles le port de mer le plus avancé dans les terres d’Europe occidentale. L’un après l’autre, les bassins furent comblés, celui de Ste Catherine le fut en 1873. Le Bassin des Marchands abrita longtemps un marché aux poissons sous une halle couverte, détruite en 1955. Ainsi, le passé maritime de Bruxelles s’est progressivement effacé au profit de la circulation automobile. Heureusement, les noms et la perspective des anciens quais ont été sauvegardés. Les pelouses, les arbres et l’aménagement des plans d’eau sur l’ancien Bassin des Marchands témoignent toujours de cette époque où grinçaient les haubans et s’apostrophaient les marins.

 

LE COIN DU PHILOSOPHE

NASREDDINE

Nasredine (dit Hodja ou Efendi) est un personnage mythique de la culture musulmane depuis le 13ième siècle, connu du Maghreb jusqu’en Asie. Il est le héros espiègle, ingénu, insolent et faux-naïf de contes et histoires-enseignement intemporelles, morales, bouffonnes, absurdes et parfois coquines, mais toujours pleine d’humour (contraction d’ « humain » et « amour »…)

Comment sauver un avare de la noyade ?

Un jour, Mustafa, un riche marchand de la ville, réputé pour son âpreté au gain et son avarice, tomba dans la rivière. Il ne savait pas nager ; le courant commençait à l’emporter , tandis qu’on l’entendait appeler au secours. Les riverains se précipitent ; on se penche au-dessus de l’eau, des dizaines de bras se tendent pour tenter de l’attraper au passage :

– Donne la main, Mustafa, donne la main !

Mais, les yeux exorbités, il regarde désespérément ses sauveteurs sans rien faire pour s’aider. Il est déjà presque trop tard lorsque Nasredin surgit. Il écarte la foule et crie en lui tendant la main :

– Tiens, Mustafa, prends ma main, prends !

 

 

 

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Les découvertes récentes des sciences de l’univers nous font prendre conscience de la grandeur et de la complexité inimaginable de ce dernier. L’apparition de la vie et de l’homme dépend tellement du réglage fin des constantes initiales, que l’univers semble créé pour faire surgir la conscience : c’est le principe anthropique. Et si Dieu et les lois de l’univers ne faisaient qu’un?

Par Fernand Figares –Directeur National de Nouvelle Acropole Belgique

Depuis toujours, l’homme n’a cessé de s’interroger sur sa place dans l’univers. Avec l’avènement de la science moderne et la perte d’intérêt pour la mythologie, alors que nous avons réussi à mesurer l’univers et à faire l’inventaire de son contenu matériel, cette interrogation a pris une formulation plus précise : pourquoi l’univers observé est-il si vaste et comporte-t-il un si grand nombre de galaxies (évalué à des centaines de milliards) ? Dans ce cadre, est-ce que l’apparition de la vie et de l’homme est purement le fruit du hasard ? Autrement dit, est-ce que notre existence est accidentelle, insignifiante, voire absurde ?

Avant le développement de la cosmologie relativiste (application de la théorie de la relativité générale à l’univers), ces questions relevaient uniquement de la philosophie ou de la théologie.

Depuis, toute une série d’idées, de théories et d’observations ont conduit les cosmologistes aux premières réflexions qui devaient aboutir, il y a environ trente ans, à un ensemble d’idées, appelé « principe anthropique ». Ce principe soulève aujourd’hui énormément d’intérêt dans les milieux scientifiques et philosophiques, bien qu’il fasse également l’objet de beaucoup de controverses et de critiques.

Le « principe anthropique »

L’univers semble réglé de façon extrêmement précise pour qu’il puisse héberger la vie et la conscience et que surgisse un observateur capable d’apprécier son harmonie. C’est ce qu’on appelle le « principe anthropique », du grec anthropos, homme.

Selon la forme faible du principe anthropique (Weak Anthropic Principle), la présence d’observateurs dans l’univers (c’est-à-dire nous) impose des contraintes sur la position temporelle de ceux-ci ainsi que sur les variables cosmologiques telles que la taille et la densité de l’univers.

La forme forte du principe anthropique (Strong Anthropic Principle) stipule que la présence d’observateurs dans l’univers impose aussi des contraintes sur l’ensemble des caractéristiques de celui-ci, y compris les valeurs des paramètres fondamentaux de la physique qui le caractérise. Autrement dit, l’univers, depuis sa naissance, doit être orienté et adapté à l’apparition d’êtres vivants évolués. Il s’agit là d’une proposition de caractère manifestement métaphysique. Ceci est illustré par le physicien Dyson en ces termes :

« Lorsque nous regardons l’univers et identifions les multiples accidents de la physique et de l’astronomie qui ont travaillé de concert à notre profit, tout semble s’être passé comme si l’univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à apparaître ».

De ces formes différentes du principe anthropique découlent plusieurs interprétations. Parmi celles-ci, on peut épingler l’interprétation finaliste pour laquelle l’apparition d’êtres vivants fait partie d’un plan « pensé » par une intelligence cosmique. Cela rejoint l’espoir de Teilhard de Chardin lorsqu’il écrivait : « La vraie physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’homme total dans une représentation cohérente du monde ».

Néanmoins, la plupart des astrophysiciens continuent de défendre l’idée d’un univers gouverné par le hasard. Pour défendre cette idée, il faut tenir compte des hypothèses incompréhensibles pour la raison : l’existence d’une multitude d’univers parallèles, chacun réglé par toutes les combinaisons possibles de constantes physiques. Toutes ces combinaisons seraient stériles à l’exception de la nôtre. En d’autres mots, un « hasard » qui aurait joué à la loterie une infinité de fois jusqu’à décrocher le gros lot et permettre à la vie de se lancer dans sa prodigieuse aventure.

«  Je ne crois pas qu’il y aurait une infinité d’univers vides, et que nous serions dans celui qui a hébergé la vie, par hasard. Je ne ressens pas cela devant un télescope », affirme Trinh Xuan Thuan.

En effet, il faut savoir que l’évolution de notre univers, ou de tout autre système physique, est déterminée par ce qu’on appelle des « conditions initiales » et par une quinzaine de nombres dits « constantes physiques ».

C’est par ces conditions et ces constantes que l’univers est ce qu’il est et non pas par autre chose, car ce sont elles qui déterminent non seulement la masse et la taille des galaxies, des étoiles et de notre Terre, mais aussi celles des êtres vivants : la hauteur des arbres, la forme d’un pétale de rose, le poids et la taille des fourmis, des girafes et des hommes et probablement, l’émergence de la « conscience ».

Or, les astrophysiciens savent que si l’on changeait un tant soit peu ces constantes physiques et ces conditions initiales, l’univers serait dépourvu de vie, donc de pensée-conscience. Un changement infime d’une de ces constantes entraînerait la stérilité de l’univers. Par exemple le réglage de la densité a dû se faire avec une précision de l’ordre de 10-60, précision comparable à celle dont devrait être capable un archer qui voudrait planter sa flèche dans une cible carrée d’un centimètre carré qui serait placée aux confins de l’univers, à une distance de quinze milliards d’années lumières !!!

La situation est identique pour les autres constantes : elles doivent, toutes, être réglées de façon très précise pour permettre la vie et la conscience.

Le hasard serait-il le responsable de ces réglages ou existe-t-il une finalité, une pensée cosmique, organisatrice, celle d’un Grand Horloger ?

Le Grand Horloger

Comme nous l’avons dit, une partie du monde scientifique propose l’existence d’un principe intelligent, créateur et organisateur qui aurait réglé le déroulement de la création et de l’évolution qui a suivi.

Pour le physicien bouddhiste Trinh Xuan Thuan, l’homme n’a pas émergé par hasard dans un univers indifférent. Au contraire, tous deux sont en étroite symbiose : « Si l’univers est si grand et formidable, c’est pour permettre notre présence ».

L’univers aurait contenu en germe, dès le début, les conditions requises pour l’émergence d’un observateur. Selon le physicien Freeman Dyson : « L’univers savait quelque part que l’homme allait venir ».

Dieu ou des Lois physiques de l’univers

Bien entendu, peu de physiciens nous parlent d’un Dieu créateur mais les lois et les constantes physiques rappellent étrangement celles que toutes les mythologies et les récits de la création du monde attribuent généralement à Dieu :

  1. Elles sont universelles et s’appliquent partout dans le temps et l’espace, de notre petite Terre jusqu’aux immenses galaxies.
  2. Elles sont absolues, car elles ne dépendent pas de celui qui les découvre. Un Belge et un Chinois découvriront exactement les mêmes lois.
  3. Elles sont intemporelles : bien qu’elles décrivent un monde soumis au temps et à des phénomènes constamment changeants, elles-mêmes ne changent pas avec le temps. Nous vivons dans un univers temporel qui est décrit par des lois intemporelles.
  4. Enfin, elles sont omniscientes, car elles agissent sur les objets matériels sans que ceux-ci aient à les « informer » de leurs états particuliers. Elles « savent » à l’avance.

Ces arguments ne doivent pas nous faire croire que la science, ou certains scientifiques ont fini par découvrir Dieu dans leurs éprouvettes. Pour nous, tout ceci relève d’une logique et d’un sens commun très élaboré mais il est clair que la science et la raison ont leurs limites et qu’elles ne peuvent pas, à elles seules, s’occuper de questions si complexes qu’elles exigent le concours de toutes les disciplines abordables par l’intelligence humaine.

Pour le docteur Fritjof Capra : « … l’univers est engagé dans une danse cosmique ininterrompue. L’observateur en fait partie intégrante. Ce système reflète une réalité située au-delà du monde de la perception sensorielle ordinaire, il implique des dimensions plus vastes et transcende le langage ordinaire et la logique raisonnante. »

Quoi qu’il en soit, le dialogue entre la Science et la Religion devient possible dans la mesure ou la notion de spiritualité se libère du cadre dogmatique des trois religions du Livre qui ont baigné l’Occident depuis des siècles : La religion du futur sera une religion cosmique. Elle devra transcender l’idée d’un Dieu existant en tant que personne et éviter le dogme et la théologie. Couvrant aussi bien le naturel que le spirituel, elle devra se baser sur un sens religieux né de l’expérience de toutes les choses, naturelles et spirituelles, considérées comme un ensemble sensé ». (A. Einstein).

 

Bibliographie :

  • Basarab Nicolescu, Nous, la particule et le monde, Editions du Rocher, 2002.
  • David Bohn, Woleness and the implicate order (ARK Edition, 1983)
  • Freeman J. Dyson, Les Dérangeurs d’univers, Payot, 1987
  • Fritjof Capra, Le Tao de la Physique, Editions Sand, 2004 ; Le Temps du Changement, Edition du Rocher, 1983
  • Jean Charon, L’Esprit et la Relativité complexe – Les Lumières de l’Invisible, Edition Albin Michel, 1998
  • Rupert Shaldrake, Une nouvelle science de la vie, Edition du Rocher (1985)
  • Trinh Xuan Thuan, La Mélodie secrète, Edition Fayard, 1998 ; Du Chaos et de l’Harmonie, Edition Gallimard 2000

 

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Par Sylvain Cigna, Formateur à Nouvelle Acropole Belgique

Une sortie dans Bruxelles en pleine alerte de niveau quatre me rappelle que le combat intérieur est le seul remède contre la barbarie : la Grand-Place est calme. Seuls deux militaires et deux policiers révèlent l’état de tension dans lequel se trouve la ville. Par dessus le camion militaire stationné devant la porte de l’hôtel de ville, j’aperçois St Michel, symbole de Bruxelles. Il combat une force obscure, l’ombre que nous portons tous en nous-mêmes. C’est un des symboles de notre ville, capitale de la Belgique et le sens de cette image résonne en moi : « Contre la terreur et la barbarie, développons le combat intérieur ! » Je me remémore les philosophes de la Renaissance qui opposaient ce même combat intérieur à l’obscurantisme, alors même qu’ils pouvaient être brûlés ou torturés pour leur liberté de pensée.

La philosophie m’apparaît dès lors comme un remède contre la barbarie : l’amour de la Sagesse, une sagesse qui relie les humains et leurs cultures, une sagesse qui nous pousse à nous dépasser et donc à être meilleurs.

Mais comment ?

La plupart des philosophes qui ont vécu en des temps difficiles ont répondu à cette question par l’exemple de leur vie. À la terreur, ils ont répondu par le courage et la constance. Ils ont pu maintenir leurs qualités humaines tout en risquant la mort et la souffrance. À l’obscurantisme, ils ont opposé le savoir et la connaissance de soi qui permettent de comprendre l’univers, la société, la nature et les hommes, à l’apathie de leurs contemporains, la force d’âme et la conscience. C’est pourquoi les écoles de philosophies sont si importantes : elles permettent aux hommes de rester humains dans les moments les moins propices.

À leur exemple, je me fais la promesse de miser sur ma propre lumière, de vaincre mes peurs et d’ouvrir mon cœur, d’élever mon esprit pour mieux comprendre qui je suis et quelle est ma place dans le monde mais aussi pour accueillir toutes les tendances humaines qui se battent pour des valeurs universelles. Je choisis de développer ma conscience par l’exercice répété et constant, d’être attentif mais détendu, l’esprit vif et prêt à concevoir toute action utile. Je m’applique à bâtir une liberté de savoir faire ce qui est juste ou ce qui est le plus humain dans toute situation. Et pour tout cela, je mets en œuvre chaque jour des actions qui conduisent vers davantage de sagesse, des actions qui transforment tant mon intériorité que la société dans laquelle nous vivons. Parce que je ne veux pas laisser ce travail aux générations futures. C’est notre défi. Ils auront le leur.

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L’homme de la tradition, tel qu’étudié par Durant, Eliade et Guénon, est celui qui se voit comme faisant partie intégrante du cosmos, actualisant le sacré à travers les mythes, les symboles et les rites : l’alchimiste de la Renaissance, le chaman amérindien, le druide celtique. La catastrophe de l’histoire de la pensée occidentale est d’avoir séparé homme et cosmos, pensée mythique et raison. Il est vital de redécouvrir ce rapport au monde.

Par Fernand Figares, président de Nouvelle Acropole Belgique

Sacré et profane : histoire d’une séparation

La civilisation moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : de toutes celles que nous connaissons, elle est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, la seule aussi qui ne s’appuie sur aucun principe d’ordre supérieur.

Il fut un temps où le sacré et le profane, la tradition et la philosophie – à la manière classique – vécurent en bon accord. C’est cet âge d’or que les hermétistes de la Renaissance ont voulu réhabiliter. Jusqu’au XIIe siècle, ces deux courants que la Tradition Universelle symbolise par le Souffle ou le Verbe, vivaient dans un certain équilibre : l’« inspir » et l’« expir ». La force centripète du sacré se concentre, elle régénère, réorganise et renouvelle la Vie. La force centrifuge du profane se dissipe, elle développe et manifeste la Vie.

Progressivement, pendant des siècles, l’Occident va perdre cet équilibre au profit du profane, des choses, et le progrès de la « chosification » devient, dans le paroxysme de notre décadence, le progrès lui-même La déchéance ne s’est pas produite d’un seul coup : on pourrait en suivre les étapes à travers toute la philosophie moderne. Paradoxalement, c’est un orientaliste, Henry Corbin[1], qui a établi le diagnostic le plus sûr au sujet de la date historique de la catastrophe culturelle occidentale : l’Occident croit que la sagesse antique redécouverte est celle véhiculée par Averroès, l’aristotélicien de Cordoue, bien plus que celle véhiculée par Ibn Arabî ou par Avicenne, le Persan. En d’autres termes, l’adoption du modèle averroïste par l’Occident va couper en deux la célèbre phrase de la tradition delphique « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux» pour délaisser la partie « l’univers et les dieux », coupant ainsi l’homme de toute transcendance.

D’une part, la modernité s’est construite à partir du positivisme, de l’agnosticisme et de toutes les déviations « scientistes ». D’autre part, elle s’est construite à partir de toutes les déviations religieuses : celles-ci ne se contentent pas de ce que la raison peut donner, elles cherchent autre chose, mais elles vont le chercher du côté du sentiment et de l’instinct, c’est-à-dire en-dessous de la raison, et non au-dessus.

Il ne faut pas se le dissimuler : la plupart de ceux qui croient être sincèrement religieux n’ont qu’une idée fort amoindrie de la religion. Elle n’a guère d’influence effective sur leur pensée ni sur leur façon d’agir; elle est comme séparée de tout le reste de leur existence. Pratiquement, croyants et incroyants se comportent à peu près de la même façon : pour beaucoup de chrétiens, l’affirmation du surnaturel n’a qu’une valeur toute théorique ou, comme on le dit aujourd’hui, « symbolique ». « C’est là ce qu’on pourrait appeler un matérialisme pratique, un matérialisme de fait, qui est plus dangereux encore que le matérialisme avéré, précisément parce que ceux qu’il atteint n’en ont même pas conscience »[2].

Beaucoup de gens confondent la religion avec une vague religiosité réduite à une morale minimaliste, souvent à un moralisme  pur et simple, si typique du protestantisme.

A la quête de l’homme de la tradition

Peu à peu, l’homme de la tradition a dû « s’occulter » par les contraintes extérieures de la modernité. C’est pourquoi il faut retrouver l’image traditionnelle de l’homme occidental à travers cette occultation, et comme dit Gilbert Durand : « la première tâche de l’herméneutique anthropologique doit passer par l’étude de tous les « laissés pour compte » de la pensée occidentale officielle et universitaire triomphante »[3].

En effet, on pourrait tracer l’histoire de cette antiphilosophie à travers l’antagonisme de ces deux visions du monde qui se dressent l’une contre l’autre et qui opposent les très reconnus Sartre, Merleau-Ponty, Ricœur, Bergson aux moins reconnus Mircea Eliade, Carl-Gustav Jung, René Guénon, Henry Corbin, Gilbert Durand. Au siècle dernier, les poètes et les visionnaires d’une part et les philosophes universitaires d’autre part s’opposent: Nerval et Blavatsky contre Hegel et Engels, par exemple, ou Maistre et Schlegel face à Kant cette fois. Aussi Goethe, Novalis, Schubert, Saint-Martin, Swedenborg, Ashmore, Blake contre Descartes et le Cartésianisme. Plus loin, Paracelse, Agrippa, Robert Fludd, Giordano Bruno, Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Nicolas de Cuse, Nicolas Flamel, Rager Bacon, Eckart et le Grand Albert. Et au delà, Il faudra entrer dans la symbolique romane, avec Hugues de Saint-Victor, Bernard de Clairvaux et Jean de Salisbury.

Sept siècles d’occultation sous les signes d’une triple catastrophe, au dire de Corbin : « celle de la sécularisation des églises, dont l’inquisition devient le signe ; celle de la conversion de l’Occident au rationalisme empirique d’Aristote à travers Averroès; et la dernière en date avec Auguste Comte, où la « chosification » acquiert sa catégorie académique sous le nom de « loi des trois états » (l’Humanité serait passée par trois étapes d’évolution : primitive ou théologique, médiane ou métaphysique, et finalement, celle qui voit le triomphe du positivisme et de la raison).

Nous nous trouvons donc en présence de deux courants qui tissent deux visions du monde et de l’homme difficilement réductibles, dont l’une dérive d’une déformation de l’autre. Sacré et profane se sont séparés il y a trop longtemps, et pour nous, fils de la modernité, il nous est presque impossible de concevoir l’équilibre ancien.

Essayons néanmoins de découvrir des caractères qui différencient sacré et profane.

L’homme de la tradition est un « anthropocosmos »

Tout d’abord, nous pourrions considérer le fait que l’homme de la tradition ne sépare pas l’homme du monde, le moi du non-moi, alors que l’homme profane occidental s’attarde à couper le monde et l’homme, à séparer, par un double souci de sentimentalisme et d’objectivité, le « je pense » des choses pensées : dualisme de l’intelligence occidentale, toujours lié au totalitarisme et à l’intolérance d’une idéologie moniste qui monopolise le paradis, soit au ciel, soit sur terre. Ce divorce de l’homme et de la Nature tout entière, c’est celui de la Foi et de la Raison de la scolastique médiévale, puis celui de l’âme et du corps avec les cartésiens ; c’est enfin celui de la psychologie génétique, qui pense que le premier stade de la construction de la personnalité réside dans cette séparation du monde et du moi !

Il en va autrement pour toutes les disciplines traditionnelles, dont le but est de faire que les individus deviennent conscients de l’unité et de la corrélation de toutes les choses, de dépasser la notion de séparativité et de s’identifier à la réalité fondamentale.

Dans la tradition hermétique, l’homme ne se dresse pas face au monde, aux astres, aux montagnes, à la forêt, à la faune et à la flore comme un être supérieur, voire singulier. Le principe d’unité de la création est un des axes de base que l’on peut étudier dans l’Astrologie, l’Alchimie, la philosophie analogique du macro-micro cosmos, où le corps humain est l’homologue du firmament, de l’air et de la terre. L’Astrologie est l’organisation systématique de cette philosophie de la sympathie du microcosme et du macrocosme, cette philosophie des signatures. Ce qui relie tel événement humain à la fois à tel astre, à tel aspect de l’astre, à sa place dans le zodiaque, etc., n’est pas un lien causal, un déterminisme quelconque : « c’est un état général de la Création à un instant donné qui « signe » l’événement humain en même temps que l’événement cosmique; qui donne à l’un et à l’autre une « humeur » – diraient les médecins – semblable, une « teinture » – diraient les alchimistes – identique. L’homme de la tradition est un « anthropocos­mos », à qui rien de cosmique n’est étranger »[4].

La conscience de l’homme traditionnel cherche la convergence, la synthèse et la réunion. Au contraire, la culture occidentale est déchirée par l’extraversion, l’analyse et la classification, par le culte du « fait objectif » : d’où la divergence constante de sa méthode, de sa logique, voire de la raison et des contenus de son savoir. La vision de l’univers de l’homme moderne est fragmentée, et réduite au niveau de sa spécialisation.

« Quand l’esprit est dérangé, la multiplicité des phénomènes est produite; quand il est serein, elle disparaît », dit la sagesse bouddhiste.

C’est le cas de la chimie et de l’Alchimie, qu’il ne faut pas concevoir comme une méthode devenue une recette pour fabriquer de l’or ! Ce n’est point cette Alchimie qui a donné naissance à la chimie moderne avec laquelle elle n’a, en somme, aucun rapport. La chimie en est une déformation produite au Moyen Age par l’« esprit dérangé », due à l’incompréhension de certains, incapables de pénétrer le vrai sens des symboles. Ils prirent tout à la lettre, et, croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles, se lancèrent dans une expérimentation plus ou moins désordonnée. Ce sont eux – que les alchimistes qualifiaient ironiquement de « souffleurs » et de « brûleurs de charbon » – qui furent les véritables précurseurs des chimistes actuels. Et c’est ainsi que la science moderne s’édifie à l’aide des débris des sciences anciennes, avec les matériaux rejetés par celles-ci, et abandonnés aux ignorants et au profane[5].

La pensée symbolique synthétise la pluralité de l’homme et du monde

Dans la conception universitaire, le postulat de l’unité se trouve du côté de la personne – terme qui désigne en latin « masque de théâtre » – et cela face à la pluralité du monde. L’unité donnée, postulée, affirmée envers et contre tout, c’est l’unité du « je pense », du moi, de la personne. Et c’est le monde qu’il faut unifier, massifier, en utilisant cet unique modèle d’unification donné par le « je » humain.

Il a fallu toutes les découvertes de la psychanalyse, puis de la psychologie des profondeurs pour ramener la personnalité à cette modestie plurielle, pour lui montrer que derrière la conscience triomphante grouille un inconscient luxuriant.

Pour l’homme de la tradition, l’homme est multiple, tout comme l’apparence de l’univers, mais la connaissance de cet univers – dans un langage unique, le « langage des oiseaux » de l’alchimiste – et sa mise en œuvre montrent l’unité de la création, sur laquelle l’homme intérieur n’aura qu’à prendre exemple pour faire l’effort d’unification. « A la superbe de la raison, l’homme traditionnel oppose la modestie de l’homme intérieur dialoguant avec le ciel ou avec le diable, s’éprouvant comme multiple en quête de l’unification du soi »[6].

Malgré la crise ouverte au XXe siècle avec la Relativité et la mécanique ondulatoire, l’Espace et le Temps restent pour la pensée moderne d’une rigidité dictatoriale : ce qui existe est l’objet mesurable, qui occupe une place unique dans un temps donné. Alors apparaît le règne de la quantité, qui vide le monde de toute teinture qualitative.

Face à cette volonté d’unification formelle, l’homme de la tradition oppose la démarche symbolique de la pensée et de l’univers pensé. Tout a un sens, tout contient une qualité cachée que ne peut entrevoir la pensée directe – perceptive ou raisonnante – qui passe complètement à côté. Comme le dit fort bien Micheline Sauvage : « notre science est positive, en ce qu’elle n’admet pas que les choses aient un envers, où gîterait leur vérité celée, que l’invisible derrière le visible en détienne la raison »[7]. La pensée symbolique est gnostique, la pensée scientifique est agnostique : elle ne croit que « deux et deux font quatre », ou que ce qu’elle voit, ce qui revient au même.

Pour la pensée scientifique et philosophique moderne, le monde est un pullulement de faits, et chaque fait est transparent. Pour la pensée traditionnelle, tout est ambigu, tout est lisible sur plusieurs registres. « Le Grand Livre du monde, tout comme les Ecritures Saintes, a pour la pensée traditionnelle de multiples épaisseurs significatives. Paradoxalement, c’est la science qui recherche une vérité absolue mais vide; c’est la tradition qui relativise « mots et choses » en face de l’absolu principal qui les ordonne et qui les « remplit ». Chaque fait est une « créature », et donc comporte à quelque degré une opacification due à la « chute », c’est-à-dire à la « manifestation » spatio-temporelle »[8].

Pour la démarche symbolique, l’espace n’est jamais le vide géométrique euclidien : il est un ensemble de lieux, Il est une étendue vitale avec de multiples directions, l’intérieur et l’extérieur inclus. A un espace pensé, l’homme traditionnel substitue un espace vécu, c’est-à-dire constitué par la Vie, et non seulement rempli après coup par la vie.

Les conséquences sont encore plus marquantes pour le temps intégré par la pensée symbolique. Les paradoxes célèbres que les théories de la relativité ont mis en relief sont monnaie courante pour la pensée symbolique. Paracelse dit : « La pensée peut être transmise d’un bord à l’autre de l’océan, et le travail d’un mois peut être accompli en un jour ». Le fil irréversible du temps empirique ou historique, du temps linéaire est rompu.

La pensée symbolique connaît plusieurs « couches » de durées, plusieurs « régions » d’un même temps. Mais surtout, la conception symbolique du temps permet à la fois la réintégration du passé et la divination ou prophétie de l’avenir. La parapsychologie, et même la psychologie, nous relate avec assez de fréquence ce qui était jusqu’ici abandonné à la poésie et à la littérature fantastique. C.-G. Jung, dans son autobiographie nous rend témoignage à ce sujet.

Pour le magicien, c’est toujours l’aurore

Il découle de cette pérennité de la figure traditionnelle de l’homme sa supériorité sur les civilisations, les techniques et les machines qui passent et se « démodent ». Comme Gilbert Durant l’écrivait il y a 40 ans déjà : « c’est le poète ou le sorcier qui demeure, et c’est le savant qui vieillit. Pour le magicien, c’est toujours l’aurore ». Pour Sartre, c’était toujours le néant !

Face à la gigantesque machine construite depuis quatre siècles par les apprentis sorciers que sont le savant, le technicien et le bureaucrate occidental – machine qui ne contrôle plus ses redoutables forces de destruction – se dressent le petit David, « l’homme de la Promesse », et des individus et des institutions officieuses comme l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole, qui luttent pour réhabiliter l’homme de la tradition, malgré l’acharnement de l’homme rationaliste qui ne supporte pas que d’autres puissent lui donner la grande leçon, la leçon de la Tradition, la seule qui puisse nous faire redécouvrir les nouvelles et toujours éternelles « Voies de l’Homme ».

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NDLR : La première version de cet article est apparue sous le nom de « Droit de cité pour l’Esotérisme-Tradition » dans la revue Nouvelle Acropole Belgique n°62, mai-juin 1992

[1]          H. Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, Paris 1964.

[2]          R. Guénon, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Gallimard, Paris 1962.

[3]           G. Durand, Science de l’homme et Tradition, Berg Int., Paris 1979.

[4]           G. Durand, op. cit.

[5]           R. Guénon, La crise du monde moderne, Gallimard, Paris 1973.

[6]           G. Durand, op. cit.

[7]          M. Sauvage, L’aventure philosophique, Buchet-Chastel, 1966.

[8]           G. Durand, op. cit.

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La figure du Héros se retrouve dans les mythes de toutes les civilisations, de l’Iliade Grecque à la Bhagavad gita Hindoue. Cette figure se retrouve aussi dans les mythes modernes : Seigneur des anneaux, Star Wars… A tel point que l’on parle d’une figure monomythique. Si ces héros font vibrer nos coeurs, c’est que nous partageons la même nature!

Par Pierre de Bie, sur base d’une conférence donnée par Fernand FIGARES, Directeur National de Nouvelle Acropole Belgique

Le héros, homme divin

Dans la mythologie, le héros est présenté comme un être à moitié humain et à moitié divin: si un de ses parents fait partie de notre monde, l’autre appartient au monde des dieux. Nous sommes tous des héros potentiels, nous avons tous en nous ces germes d’excellence que les anciens et les bouddhistes appellent notre nature divine. Cette nature est latente et le héros va la réveiller. Il va dépasser sa condition humaine ordinaire pour en atteindre le meilleur, pour devenir un homme « divin », un être humain accompli. Bouddha, Jésus, Alexandre le Grand se sont ainsi réalisés et ont changé l’Histoire de manière durable. Selon les mythes anciens, cette durabilité est synonyme de qualité. Ce qui ne vaut pas la peine ne résiste pas au temps, Chronos le dévore.

Platon associe le terme « héros » à celui d’Éros, le dieu de l’Amour avec un grand « A » (pas à Cupidon qu’on appelle le « petit Eros »). C’est un des plus anciens des dieux grecs, à la base de la force d’attraction universelle, tant psychique que physique. Il est le dieu de la cohésion, de tout ce qui relie. Pour Platon comme pour Victor Hugo, lorsqu’on ressent cette force ancestrale qu’est l’amour réel et profond, elle va irrémédiablement nous pousser à la quête héroïque. Il s’agit d’un amour désintéressé, altruiste, qui n’attend rien en retour. Cette puissance d’union va pousser le héros à interrompre sa vie quotidienne et tout quitter pour partir vers l’inconnu. C’est l’ « Appel de l’Aventure » inhérent à toute quête héroïque. Quelle que soit leur origine et la culture dont ils sont issus, que leur mission soit de tuer un dragon, de déposer un tyran, d’acquérir des pouvoirs extraordinaires, leurs différences vont se limiter à la forme. L’essence est commune : la quête héroïque est une quête mono-mythique. Il n’y a qu’un seul modèle de héros. Il est universel, il irrigue toutes les cultures. Si les mythes semblent morts dans notre civilisation occidentale, il est certain qu’ils reviendront ; les séries télévisées et les films mettant en valeur la quête héroïque le prouvent.

Les vertus du héros

Intéressons-nous à présent aux qualités indispensables à l’aboutissement d’une quête héroïque. Tout d’abord, la LIBERTE, dans son sens stoïcien et non dans le sens libertaire qu’on lui donne trop souvent. Il ne s’agit pas ici de faire ce que l’on veut, mais ce que l’on doit. Ce n’est pas une liberté de droits acquis, mais de devoir à remplir. Elle implique une volonté de prendre en charge sa propre vie de façon à ce qu’elle ne dépende ni de qui, ni de quoi que ce soit. Cette liberté, il va falloir l’acquérir et c’est ici qu’apparaît la notion de conquête, de lutte et de guerre. Guerre pacifique, bien entendu, mais guerre tout de même, car « pacifique » n’est pas synonyme de « facile ». La lutte est, par définition, éprouvante et le héros doit fourbir ses armes pour affronter ses ennemis, quelle que soit leur forme. Ce combat va permettre au héros de développer des valeurs fondamentales, telles que le courage et l’honneur. La nature elle-même, dans toute sa beauté, est le résultat de terribles batailles entre forces sauvages : le sable est le résultat des morsures incessantes de la mer sur les rochers, les montagnes sont issues de poussées tectoniques formidables et violentes. Le héros va devoir développer les qualités guerrières adéquates aux combats qu’il devra mener. Le passage des épreuves initie le héros, lui donne les armes nécessaires à sa victoire.

Une autre qualité propre au héros est la GENEROSITE, associée à l’altruisme : le héros n’agit jamais pour lui-même, mais pour le bien de la communauté qu’il défend. Il peut mourir pour cela. Il y a de sa part un total don de soi. La mort du héros n’est pas la fin de l’histoire, elle permet parfois au destin de s’accomplir et la valeur du sacrifice au cours de sa quête va conférer au héros une dimension divine. Le Christ en est un exemple.

La recherche de l’excellence au niveau humain va faire émerger une nouvelle vertu : la NOBLESSE. Elle est le reflet du Bien selon Platon, le Bien étant la vertu ultime qui englobe toutes les autres. Elle verticalise et élève l’homme, elle l’éduque à apprendre à aimer faire le bien.

La quête héroïque: les étapes 

Charles Perrault nous offre un héros formidable : le Petit Poucet. Il illustre à merveille toutes les étapes de la quête héroïque. Avant l’appel de l’aventure, il y a une situation qui doit la motiver : c’est la guerre, les campagnes sont exsangues et les paysans vivent dans la misère. C’est le cas des parents de Poucet, le cadet d’une fratrie de sept garçons. Face à l’insupportable perspective de voir leurs enfants mourir de faim, les parents décident de les abandonner dans la forêt. Poucet a entendu leur conversation et, pendant la nuit, il a ramassé des cailloux blancs et les a semé sur le sentier parcouru, ce qui lui permet de retrouver le chemin de la maison. Les parents, d’abord heureux de retrouver leurs enfants, se voient résignés à les abandonner à nouveau et, pour éviter la cueillette de cailloux pendant la nuit, ils ferment la porte à clé. Le matin, Poucet collectionne de petits bouts de pain et, au cours du trajet, les laisse tomber un par un sur la sente. Hélas, lorsque les parents eurent disparu, Poucet se rendit compte que les oiseaux avaient mangé le pain. Voilà nos 7 garçons perdus dans la forêt en pleine nuit.

L’Aventure commence, avec ses épreuves et ses dangers : la forêt hostile, les loups, les ténèbres. Poucet escalade un arbre et distingue, au loin, la lumière d’une maison isolée. Ils y sont accueillis par la femme d’un ogre qui leur propose un bon repas et un grand lit, juste à côté de celui des sept filles de l’ogre, chacune coiffée d’une couronne d’or. Prévoyant, lorsque dort toute la maisonnée, Poucet échange son bonnet et ceux de ses frères contre les couronnes des petites ogresses. A son réveil, l’ogre humant la chair fraîche, se rue sur les enfants coiffés de bonnets et… dévore ses propres filles avant de se rendormir, repu. Poucet et ses frères s’échappent et se réfugient au fond d’une grotte devant laquelle l’ogre, parti à leur poursuite, s’assoupit, se déchaussant de ses bottes magiques, les fameuses bottes de sept lieues. Poucet les enfile et, par magie, les bottes s’adaptent à ses pieds. Il en profite pour ramener ses frères à la maison et retourne chez l’ogresse pour s’emparer, toujours par ruse, du trésor de l’ogre. Les parents pleurent de joie de revoir leurs enfants et, grâce au trésor et aux bottes magiques, le village tout entier est sauvé de la précarité.

Voilà pour l’histoire. Voyons-en à présent les principales étapes :

  • L’appel de l’aventure et la motivation de la quête : l’inadaptation sociale, la pauvreté des parents et de tout le pays à cause de la guerre. La motivation première de Poucet va venir du fait qu’il ne peut pas se résoudre à mourir avec ses frères dans la forêt. Sa quête va d’emblée être altruiste : sauver ses frères. Dans nos sociétés modernes, en l’absence d’exemple mythique, nous pouvons répondre à cette inacceptation par des quêtes très individuelles : développement personnel, bien-être, coaching… qui ne visent pas à sauver la collectivité mais essentiellement nous-mêmes. C’est un détournement de notre nature héroïque, comme si nos sentiments de Noblesse avaient été rabotés à l’aulne de notre petite personne. Notre espoir réside dans le fait que notre situation améliorée pourrait avoir sur nos proches et le monde un effet comparable à un rayonnement passif. Sa première mission sera de sauver ses frères. Il va réussir mais ne va pas s’arrêter là : il va ensuite dérober le trésor de l’ogre pour sauver son village.
  • Fourbir ses armes : il y a contraste, dans le conte, entre l’importance de la quête et la fragilité de Poucet. Pour compenser son apparente faiblesse, il va faire appel à ses armes psychologiques : sa ruse, son intelligence. Il va rechercher ses propres potentialités. C’est l’éducation qui nous permet de développer celles-ci et cette éducation peut se faire à tout âge. Nous possédons tous en nous des germes d’humanité qui n’ont pas été cultivés.
  • Passage dans un monde extraordinaire : la forêt, la maison de l’ogre. La mort accompagne le héros et mourir ne signifie pas la fin de son aventure. Le héros méprise la mort et fait le deuil de sa propre tombe.
  • Le combat : comme nous l’avons vu, il offre l’occasion de développer des valeurs humaines : courage, solidarité, don de soi, … C’est l’Initiation. Si le candidat réussit à vaincre les épreuves, il dépasse son état originel pour passer à un état supérieur. Il y a mort à l’état inférieur et renaissance au niveau supérieur. L’épreuve fait grandir. C’est ce qui se passe à toutes les étapes de la vie dans une société traditionnelle : passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte et enfin à l’âge mûr.
  • Le trésor : symboliquement, il représente les vertus et les qualités humaines que la quête aura permis au héros d’obtenir. Lorsque la générosité est acquise, elle devient un besoin, elle devient naturelle et nécessaire pour vivre heureux. La possession des qualités implique la nécessité de les partager avec les autres. Dans le mythe de la caverne de Platon, ceux qui sont sortis de la caverne ont pour but d’aider les autres à en sortir à leur tour. Ils y retournent, renonçant à la lumière, pour aider les autres. C’est la nature pédagogique du héros. Par son aura, il devient l’archétype de l’exemple à suivre. L’Iliade d’Homère a servi de modèle d’éducation pour les jeunes jusqu’au début du vingtième siècle.
  • Le retour au village : le héros n’agit pas pour lui-même, il agit dans l’intérêt de tous.

Avant d’être abandonné par ses parents, le Petit Poucet ne savait pas qu’il était un héros en puissance. Nous avons tous en nous une nature héroïque. Elle ne demande qu’à être éveillée.