Author: jonathan

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Alors que la conscience écologiste venait à peine de naître dans les années 70, Meadows prédisait déjà l’effondrement de notre civilisation occidentale à l’horizon 2030.

Mais qu’est-ce que cela signifie au juste, un effondrement ? Comment tout peut s’effondrer​ ? Est-ce possible?

Les alternatives à l’effondrement arrivent certainement trop tard. Le temps des « petits gestes qui sauvent » est révolu. Il est maintenant nécessaire de développer des projets courageux, loin des discours creux des politiques. Il est également temps d’unir ces projets autour d’alternatives politiques, économiques et surtout philosophiques. Le train du capitalisme ne s’arrêtera pas face au mur du réel mais nous pouvons en descendre et construire chemins et refuges…

Loin d’être inéluctable, ce sombre horizon nous invite à puiser dans les ressources de notre imaginaire, en s’inspirant plus particulièrement du moment historique de la Renaissance.

Venez suivre notre conférence ce mardi 17 novembre au centre Aurélia !

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A la manière de Socrate qui déambulait dans les rues d’Athènes, des apprentis philosophes de notre école sont sortis dans le quartier de Sainte Catherine et ses alentours. Non pour discourir sur la nature du Beau et de la Justice, mais pour partager des poésies écrites par des poètes belges.

Les passants qui se laissaient prendre au jeu ont pu ainsi découvrir une part de l’âme de la Belgique dévoilée par Charles Van Lerberghe, Norge, Maurice Carême, Stefan Hertmans, Miriam Van Hee…

Ma sœur la Pluie – Charles Van Lerberghe

Ma sœur la Pluie,

La belle et tiède pluie d’été,

Doucement vole, doucement fuit,

A travers les airs mouillés.

Tout son collier de blanches perles

Dans le ciel bleu s’est délié.

Chantez les merles,

Dansez les pies !

Parmi les branches qu’elle plie,

Dansez les fleurs, chantez les nids

Tout ce qui vient du ciel est béni.

De ma bouche elle approche

Ses lèvres humides de fraises des bois ;

Rit, et me touche,

Partout à la fois,

De ses milliers de petits doigts.

Sur des tapis de fleurs sonores,

De l’aurore jusqu’au soir,

Et du soir jusqu’à l’aurore,

Elle pleut et pleut encore,

Autant qu’elle peut pleuvoir.

Puis, vient le soleil qui essuie,

De ses cheveux d’or,

Les pieds de la Pluie

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En préface à la conférence qu’ Edgard Morin a donnée à Bruxelles le 28 août 2015 – « Now, it’s time for culture » – dans le cadre du Brussels Creative Forum, il nous livre une réflexion profondément humaine et naturelle sur nos réactions possibles face à une société capitaliste en décadence.

Par Pierre de Bie, Nouvelle Acropole Belgique

Faut-il encore présenter Edgard Morin, philosophe et penseur de plus de 93 ans, toujours actif sur tous les fronts où l’Humain tient tête au matérialisme délétère de nos sociétés ?

Après une description sans concession de l’incurie de nos responsables politiques inféodés au capital, Edgard Morin attire notre attention sur les oasis de réaction et de résistance qui refusent le mode de vie consumériste au profit d’une voie axée sur le bien vivre, la solidarité et la joie.

Ces oasis existent et ils sont nombreux : ceux qui consomment bio, sur circuits courts, qui privilégient le bus, le vélo ou le métro, cultivent leurs légumes dans le respect de la nature, produisent leur propre énergie. Loin de se désintéresser du sort du monde, les oasis sauvegardent tous les germes de salut dans un monde qui se croit en développement alors qu’il est en perdition. Ils font office, en quelque sorte, de modules de survie, espoirs pour les générations futures, pour une autre civilisation qui veut naître.

Cette nouvelle civilisation pourrait être la résultante d’un rassemblement de tous ces oasis encore dispersés et qui s’ignorent les uns les autres. Résumant à l’extrême les points principaux de son livre « La voie pour l’avenir de l’humanité », Edgard Morin nous livre sa réflexion sur les propriétés et les valeurs qui devraient animer cette civilisation de demain.

Sur le plan vital de l’alimentation, un abandon systématique de toute production industrielle porteuse de pollution, de souffrance animale et humaine au profit d’un retour à une agriculture et un mode d’élevage traditionnels, fermiers, respectueux du producteur et du consommateur.

Sur le plan social et humain, une restauration de la solidarité, un retour à des rythmes de travail en harmonie avec nos rythmes naturels, en laissant la place à la poésie, les arts et tout ce qui nourrit une culture qui plonge ses racines dans le terreau du bien vivre plutôt que dans celui de l’égoïsme et de la violence.

Au niveau de la consommation, un regain d’intérêt des consommateurs vers des produits artisanaux, fabriqués avec amour, compétence et qualité, engendrerait un abandon des objets à obsolescence programmée et produits dans un unique souci de profit.

Enfin, sur le plan éducatif, une réforme radicale, à tous niveaux, devrait permettre d’enseigner à vivre de manière autonome, solidaire, responsable, amicale.

Nous terminerons cet article en citant le philosophe :

« Les forces obscures et obscurantistes énormes de la barbarie froide et glacée du profit illimité qui dominent la civilisation actuelle progressent encore plus vite que les forces de salut, et nous ne savons pas encore si celles-ci pourront accélérer et amplifier leur développement. Aujourd’hui, il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie ».

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Suite à une action pour aider le camp de réfugiés au parc Maximilien , l’auteur s’interroge sur l’apport d’une démarche philosophique, essentiellement intérieure, à une action de volontariat, tournée vers les autres et le bien commun. 

Par Sylvain Cigna, Formateur à Nouvelle Acropole Belgique

Nouvelle Acropole est une école de Philosophie qui s’organise autour de trois axes : la Philosophie, qui permet de remettre en question nos préjugés et d’orienter notre conscience ; la Culture, qui se pratique en mettant en œuvre des valeurs humaines et le Volontariat qui est la mise en œuvre des valeurs humaines dans la société qui nous entoure.

Samedi 19 septembre, des volontaires de Nouvelle Acropole sont allés prêter main forte au camp de réfugiés du Parc Maximilien.  Nous y avons rencontré de nombreux volontaires qui se sont spontanément mis au service du camp.  Certains d’entre eux y ont passé plusieurs semaines et logent sur place parmi les réfugiés.  Nous nous sommes demandé ce que pouvait apporter une démarche philosophique dans de telles situations.  Notre association n’est pas uniquement axée sur le volontariat et nous ne pouvons organiser des activités comme celles-là que dans la mesure de nos moyens et de nos missions.  Outre le temps dont nous disposons pour participer à des activités citoyennes ciblées, notre travail consiste à développer une réelle éthique citoyenne, une éthique du volontariat qui peut inspirer de nombreux volontaires dans leur action, de la même manière qu’ils nous inspirent par leur dévotion, leur force et leur générosité.

Mais qu’est-ce que l’éthique ?  Son étymologie vient du grec ethos qui signifie « caractère habituel ou manière d’être ».  L’éthique est donc liée à la manière d’être dans la vie de tous les jours.  Dans une démarche philosophique, nous cherchons à développer une manière d’être philosophique.  La philosophie est l’amour ou la recherche de la sagesse.  Il s’agit donc de chercher à agir avec davantage de sagesse dans toutes nos activités.   En tant que philosophes, nous sommes en recherche d’une plus grande sagesse dans la mise en œuvre de nos actions de volontariat.  C’est pourquoi nous accordons une attention particulière à l’orientation que nous donnons à l’action.  Une action philosophique est consciemment orientée vers les valeurs humaines afin de développer d’avantage notre potentiel humain.  Il est vrai que tous les volontaires pratiquent les valeurs humaines.  La particularité de la démarche philosophique est néanmoins la pratique consciente de ces valeurs ainsi que le développement des outils qui en découlent.

Dans ce cadre, le volontariat peut être compris à la fois comme une activité tournée vers l’extérieur de nous-mêmes – c’est-à-dire vers la société ou les individus qui en bénéficient – et  comme une activité tournée vers l’intérieur de nous-mêmes dans le sens d’un plus grand développement de nos qualités humaines.  Comme toute action humaine, le volontariat est susceptible de faire grandir en nous les valeurs humaines.  Bien entendu, il ne s’agit pas d’une activité rémunérée : elle nous apporte donc la satisfaction d’avoir accompli quelque chose qui a une valeur profonde.  Il est dès lors possible d’approfondir encore cette action par le biais de l’exercice de la conscience.  Pratiquer quelque action que ce soit avec conscience, lui donne une autre dimension.  Or il est difficile d’être conscient en permanence, d’être dans l’ici et maintenant.  Nous pouvons utiliser pour cela la pratique de la concentration, c’est-à-dire, le fait de revenir sans cesse à la conscience, au centre de nous-mêmes.  Pour parvenir à un bon niveau de concentration, il est nécessaire de la pratiquer souvent, comme on entraîne un muscle.  Car, si nous l’appliquons uniquement dans les moments où nous en avons besoin, nous ne pourrons pas atteindre une certaine maîtrise.  De la même manière, si nous n’entraînons pas un muscle à porter de lourdes charges, dès que nous en aurons besoin, nous ne pourrons pas l’utiliser.

La générosité est une autre qualité humaine fondamentale dans le volontariat.  Se mettre au service d’un camp de réfugiés est déjà un acte généreux.  Si nous regardons l’extérieur des choses, c’est vrai jusqu’à un certain point. Par contre, si nous faisons notre propre introspection, nous pouvons parfois nous rendre compte que notre égo peut tirer de nombreux bénéfices d’une action “altruiste” : reconnaissance, gratitude de la part des bénéficiaires, prestige…  Il est donc possible de travailler la qualité intérieure de notre action en nous détachant progressivement des bénéfices de l’action tout en se consacrant de manière efficace à l’action pour elle-même.  Nous irons de cette manière vers une générosité plus belle, plus vraie et plus juste.  Des bénéfices viendront de toute manière mais ils seront davantage saisis et intégré dans notre « humanité » et ils ne seront plus le moteur de notre action.

Nous voyons donc comment la pratique de deux attributs humains, la conscience et la générosité, peut apporter une plus grande profondeur à nos actions et nous permettre de développer de nombreuses qualités qui sont présentes en nous de manière latente.  La particularité de la démarche philosophique ne se situe donc pas dans la générosité de l’action ou dans sa technique mais bien dans un exercice intérieur d’attributs humains.

Nos activités de volontariat participent donc à la ville de Bruxelles et aux problématiques qu’elle rencontre mais participent également du développement de l’humain.  En retour, ce développement humain peut nourrir l’action en elle-même.  Le volontariat philosophique est donc ce double mouvement vers l’externe et vers l’interne qui participe de la construction d’une société meilleure basée sur des individus qui développent et donnent le meilleur d’eux-mêmes.

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Ce samedi 19 septembre 2015, des volontaires de Nouvelle Acropole sont allés prêter main forte au camp de réfugiés du Parc Maximilien. La spontanéité de l’aide apporté par les nombreux volontaires nous a marqué. Dans le camp, l’auto-organisation est de mise, et nous avons vite trouvé les endroits où l’aide était la plus utile : en cuisine pour préparer les repas, au stock de palettes pour monter de nouvelles étagères, dans les tentes d’accueil pour préparer les arrivées nocturnes de réfugiés.

Aide au camp de réfugiés 2Dans le stock de la cuisine, une nouvelle armoire montée avec des palettes.

Aide au camp de réfugiés 3_smallLes volontaire en chômage technique : pas toujours évident de trouver une tâche à faire !

Aide au camp de réfugiés 4_smallTentes au milieu des buildings. Le contraste est saisissant.

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Il est également vrai que pendant que nous cherchons à coexister avec autrui, nous cherchons aussi notre propre bonheur. Mais alors, comment concilier la recherche individuelle de ce bonheur avec le bien collectif et la coexistence avec d’autres personnes ? Telle est l’interrogation philosophique qui nous conduit à chercher la relation entre Philosophie et Politique.

Par Fernand FIGARES, Directeur National de Nouvelle Acropole Belgique.

Nouvelle Acropole est un mouvement philosophique à la manière classique, qui considère  la Philosophie comme la « mère de toutes les sciences », la Politique y comprise. Nous l’avons déjà écrit à de nombreuses reprises : « La Politique philosophique se doit de créer les conditions et les moyens nécessaires pour que tous deviennent des citoyens, des hommes et des femmes profondément éthiques. Sans la promotion de l’éthique, la politique est stérile et nous pensons que c’est à la Philosophie « à la manière classique » que revient le rôle de rétablir l’orientation et la finalité essentielle de la politique »[1].

Nous pourrions dire également qu’il y a une claire complémentarité entre l’idéal philosophique et l’idéal politique. L’Occident, devenu très individualiste, oublie parfois que l’homme est un être social et que ceci constitue un aspect intrinsèque de sa propre nature. Personne n’est autosuffisant. Nous sommes nés de quelqu’un, nous avons été éduqués ou accueillis par un groupe humain,  nous avons toujours besoin de quelqu’un de plus que nous-mêmes, nous ressentons tous le besoin de nous associer à d’autres pour organiser nos vies : l’homme ne peut pas vivre sans les autres !

Quels comportements et quelles actions me permettront de réaliser en même temps mon propre bonheur et mon développement tout en vivant et partageant avec les êtres qui m’entourent ? De quelle manière puis-je concilier mon intérêt particulier avec l’intérêt général ?

Nous oublions souvent que la Philosophie n’est pas simplement une voie individuelle mais qu’elle aide aussi à trouver des solutions pour notre vie en société. L’incidence de la dimension philosophique sur les comportements sociaux fait évoluer les personnes en éveillant en elles le besoin de justice dans les relations humaines, dans la gestion des conflits et dans l’exercice du pouvoir. La justice, comme l’a souligné Platon, apparaît comme la valeur philosophique essentielle de la dimension politique.

Le fondement de l’idéal politique est plutôt une théorie du citoyen et de la citoyenneté qu’une théorie de l’Etat. C’est aux citoyens qu’il revient d’appliquer et de vivre la « Chose Publique », la Res Publica, la République, c’est à dire l’intérêt général dans la vie publique. L’Etat n’est possible que s’il existe des citoyens. S’il n’y a pas de citoyens, c’est-à-dire, des personnes qui ont choisi leur propre bonheur dans le cadre de la justice sociale et d’intérêt pour le bien public, alors il n’y a pas d’Etat possible.

Ces concepts sont très clairs dans l’œuvre de Platon, axée autour de deux éléments fondamentaux : l’Éducation et la Justice, le manque d’éducation empêchant le développement d’une bonne justice. C’est la qualité des citoyens qui favorise la vie de la société  et de l’Etat, car sans la pratique de l’idéal du citoyen, les devoirs, les droits et  les responsabilités ne peuvent pas s’appliquer. L’Etat existe réellement quand les conflits entre les personnes peuvent être réglés à travers la loi et le droit. Mais pour ce faire, il faut des gens capables de vivre pour l’intérêt général, au service de la loi, sans chercher à se servir d’elle. Dans ces domaines, la Philosophie et le philosophe ont beaucoup à apporter pour promouvoir l’existence d’une société composée de véritables citoyens.

L’Idéal philosophique et l’Idéal politique ne sont pas opposés. L’Idéal philosophique inclut toutes les lois de l’existence, de l’univers et de la vie. La sagesse consiste à connaître et à appliquer ces lois. Son modèle est celui du sage, que nous ne devons pas confondre avec celui de l’intellectuel. Par son discernement, le sage sait comment faire le bien en toute circonstance.

L’application de ces principes universels au domaine plus restreint de la cité se reflète dans la notion de Polis (Cité – Etat), la ville gouvernée par la loi et la justice, lieu où vivent des citoyens. La Polis n’existe pas sans idéal politique appliqué. Une ville gouvernée par la force ou par un groupe humain sans connexion avec les lois de la nature n’est pas une Polis. Pour qu’il y ait Polis, la dimension de transcendance doit irriguer la société et les échanges humains.

Platon a été le philosophe ancien qui a influencé le plus la pensée occidentale au sujet de philosophie politique. Vingt-quatre siècles se sont écoulés depuis et pourtant…

Platon et la Philosophie politique

Platon, sa philosophie politiqueLes voyages de Platon en Sicile et les trois œuvres qu’il consacre à l’étude de l’organisation de la cité idéale (La République, La Politique et Les Lois) témoignent de l’importance que Platon accorde à la politique.

La République marque la plus belle époque de la vie de Platon. Parvenu alors à sa pleine maturité, ayant mis à l’épreuve peu à peu les diverses pièces de sa philosophie et ayant reconnu la solidité de l’ensemble, il a voulu s’en servir comme matériaux pour la construction d’un édifice philosophique, haut par sa grandeur et sa beauté.

Platon est outragé par le scandale de la condamnation à mort de Socrate. L’organisation platonicienne de la cité vise à exorciser cet «homme-mesure» que prône Protagoras et qui mène au désordre et à l’anarchie éthique et sociale.

La mort de Socrate est un scandale et un crime commis par la Cité.  Mais comment le mal a-t-il pu l’emporter sur le Bien, le mensonge sur la Vérité et l’injustice sur la Justice ? Socrate avait mené une vie exemplaire, défendant sa cité lorsqu’elle était en danger et  s’efforçant de faire réfléchir les Athéniens pour les rendre meilleurs. En enseignant la vertu par le dialogue et l’exemple, il s’est attiré l’inimitié et la calomnie. Comment la cité d’Athènes a-t-elle pu être à ce point ingrate à l’égard d’un de ses meilleurs citoyens ? Voilà la question que se pose Platon et qui le conduit à faire du problème de l’éducation des hommes et de celui de l’organisation de la Cité les thèmes centraux de sa philosophie.

La Philosophie doit nous donner la lumière qui nous permet de reconnaître où est la justice dans la vie privée et dans la vie publique. Il faut préparer les hommes à vivre une vie juste et à comprendre qu’une cité ne sera prospère que si les philosophes gouvernent ou si les gouvernants s’adonnent à la Philosophie.

La préoccupation morale est l’essence même de philosophie platonicienne : la morale doit-elle être considérée uniquement du point de vue individuel ? Ne concerne-t-elle que la conduite privée ? Peut-on admettre que l’organisation et le gouvernement des cités ne sont pas de son domaine et qu’elles relèveraient de règles différentes ? Non seulement il s’est absolument refusé à l’admettre, mais il tenait cette opinion pour extrêmement dangereuse et s’est mis en devoir de la combattre avec toute la force de son génie. Le spectacle qu’offrait la Grèce, ainsi que ses colonies d’Italie et de Sicile, depuis la fin de la guerre du Péloponnèse, était propre à suggérer à un philosophe bien des réflexions. Presque toutes les formes de gouvernements y étaient représentées : royauté à Sparte, oligarchies et démocraties dans la plupart des cités de la Grèce même, tyrannies en Sicile et ailleurs. Aucune hégémonie n’avait pu s’établir solidement, parce qu’aucune n’avait pu ou voulu se fonder sur la justice.

Ce n’étaient pas tant les fautes politiques de telle ou telle cité qui frappaient Platon, mais surtout la démoralisation générale, le déchaînement des convoitises et des mauvaises passions, le mépris où étaient tombés les hauts intérêts spirituels.  Derrière les haines et l’esprit de faction qui dominaient les cités, il apercevait clairement dans les individus l’état d’esprit qui donnait naissance à ces désordres. Les formes de gouvernement n’étaient à ses yeux que les manifestations des divers degrés de sagesse relative ou de perversion morale des peuples. C’était donc la réforme des idées et des mœurs qui était pour lui la condition nécessaire d’une bonne politique.

Réflexions sur l’Etat philosophique et la fonction du Gouvernement

L’Idéal politique permet aux citoyens de réaliser une unité de destin que l’on peut appeler l’idéal de l’Etat. Les citoyens doivent être capables de penser et de sentir qu’ils vivent au sein d’une unité qui est la collectivité humaine. Quand ils pensent qu’ils font partie d’une unité, la notion d’Etat est possible et l’Idéal politique peut parvenir à son épanouissement.

Il n’y a donc pas d’Etat sans Idéal politique. Les hommes peuvent être de grande qualité mais, sans structures métaphysiques et transcendantes adéquates qui garantissent la justice et l’éducation, cette qualité risque de ne pas se révéler. Les premiers biens métaphysiques qui conduisent la société vers l’Etat sont donc la justice et l’éducation.

 « Lorsqu’un gouvernement juste, soucieux, non d’enrichir la cité, mais de la rendre meilleure, met une telle persuasion au fondement du consensus politique, il « réalise » la justice comme aucune exhortation privée ne saurait le faire. Pareille conception « scientifique » de la politique a dû surprendre dans une Athènes démocratique où le tirage au sort et la désignation majoritaire servaient dans la plupart des cas à sélectionner les hommes politiques, et où l’on justifiait la démocratie en soulignant que l’essence de la communauté politique réside dans l’institutionnalisation du débat public.

 Or Platon considère qu’un tel débat, s’il n’est pas éclairé par la connaissance du bien politique, ne peut jamais viser au bien de la cité, mais se limite à la poursuite du plaisir des citoyens, enclins à se laisser séduire par les charmes de la rhétorique politique.(…) La recommandation que fait Socrate au milieu du livre II de considérer d’abord la justice dans l’Etat (avant de la considérer dans l’individu) a une portée décisive . Car si les caractères de la justice sont plus gros, et donc plus lisibles, dans la cité que dans l’individu, ils sont toutefois de même nature : les vertus politiques, les vices aussi, passions ou désirs, sont identiques aux vertus et aux vices privés. »[2]

La première valeur qui permet de concevoir la fonction de l’Etat est la justice, le premier idéal concevable pour tous. La justice en tant que bien métaphysique ne peut pas s’acheter, car elle n’est pas quantifiable. Un acte est juste ou pas, il n’y pas de justice à moitié ou au quart. Tout le monde a soif de justice et c’est pour cela que celle-ci est le premier archétype ou idée fondamentale à laquelle aspire tout homme, individuellement et collectivement. Dans la recherche de justice, au-delà de tout dédommagement matériel, ce que l’individu cherche c’est le sentiment de respect et de dignité retrouvée : dans ce sens, la justice est le bien métaphysique par excellence.

La recherche et la production de biens métaphysique étaient le fondement de toute société pour les anciens philosophes ainsi que pour les hommes de la Renaissance.  Elle a été complètement oubliée aujourd’hui !

Les biens métaphysiques doivent précéder les biens  matériels car ils sont les garde-fous qui empêchent le développement de la corruption à sa racine. Les biens métaphysiques protègent l’homme d’un matérialisme réducteur et d’une corruption intérieure.  La bonté, la sérénité, la justice, la fraternité, le bien-être intérieur, le calme, la dignité, le sens de l’honneur et de la parole, l’engagement…. permettent de contrôler et éduquer le terreau  animal de l’humanité. Lorsque l’homme ne produit pas de biens métaphysiques, il redevient un requin parmi les requins.

Il est temps de rêver à une société qui produirait des biens métaphysiques, et qui produira aussi des biens matériels mais où l’on pourra  éviter la corruption de l’argent ou du pouvoir, l’amour des honneurs, le népotisme, l’indifférence collective devant la souffrance d’autrui, l’intolérance et l’ignorance.

Éduquer aux valeurs humaines, éduquer aux vertus, promouvoir la justice individuelle et collective est la seule option d’avenir.

 

[1] Programme de cours NA Belgique : Thème sur La Pyramide culturelle et les Valeurs humaines

[2] M. Canto-Sperber, Philosophie grecque, p 275 & 277 Presses universitaires de France