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Suite aux récents attentats qui ont secoué Paris, de nombreux appels à combattre la peur et la haine fleurissent sur les réseaux sociaux. L’appel au courage et à la dignité fait référence à une vision de l’humain véhiculée par les Droits de l’Homme mais également présente dans de nombreuses philosophies humanistes depuis la plus haute antiquité : des réponses peuvent être trouvées en relisant les stoïciens, modèles de force intérieure contre la barbarie.

Par Sylvain Cigna, Formateur à Nouvelle Acropole Belgique

« C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote » Sénèque

Le travail de la vie intérieure dans les écoles de philosophie antiques

L’idée générale de la philosophie morale est de postuler que l’humain peut parvenir à davantage de perfection. Mais bien plus que cela, les écoles de philosophie antiques postulent un modèle humain idéal qu’il s’agirait d’incarner ou d’atteindre. Les Grecs représentent ce modèle humain par trois cerclent qui s’interpénètrent :

  • le Soma est la partie la plus dense et matérielle mais aussi la plus lourde et difficile à mettre en mouvement.
  • la Psyché représente la partie médiane, siège des images qui peuvent relier le visible et l’invisible. C’est également le siège des émotions qui visent la conservation de l’existence matérielle et des sentiments, plus élevés et plus subtils, qui nous mènent vers le monde des Idées.
  • le Noos, esprit ou siège du monde des Idées qui nous meuvent et peuvent nous conduire à l’Unité.

Ces trois caractéristiques sont reliées par la Conscience, qui a la faculté de descendre dans le monde matériel ou de s’élever dans le monde spirituel. Elle peut s’étendre, embrasser les trois parties de notre être et les unir. Pour les Grecs, et les Romains ensuite, l’humain est un être complet reliant la matérialité à l’esprit et pouvant exprimer les idées les plus profondes et les vertus les plus élevées. Les exercices spirituels des écoles de philosophie conduisaient à la réalisation de l’unité de l’Être Humain qui atteint son apogée dans la pratique consciente de la vertu, conçue par Socrate comme un bien constitutif de notre humanité.

L’école de philosophie stoïcienne, née en Grèce vers 300 AC, également présente à Rome a influencé des personnages aussi divers que Descartes, Rousseau, Montaigne ou encore Pierre Hadot et Comte Sponville. Elle est généralement considérée comme descendant directement de la pensée socratique. La pensée qu’elle véhicule continue à développer la vision du Bien et des vertus que ses protagonistes pratiquent quotidiennement. Parmi eux, nous trouvons Sénèque qui insiste notamment sur la conduite morale et la comparaison de soi à la perfection humaine ; Épictète, précepteur et esclave, qui trouve la clé du bonheur dans le fait de ne s’occuper que de ce qui dépend de notre propre volonté ; ou encore Marc Aurèle, empereur philosophe, qui mesure sa force intérieure à la lourde tâche du chef d’état.

Ces trois penseurs et acteurs de leur temps sont des modèles de pratique des vertus au-delà des circonstances souvent difficiles de leur vie et de leur époque. Ils nous inspire dans l’attitude que nous pouvons développer face à nos défis quotidiens. Ce que démontre la dimension pratique de leur philosophie, c’est le développement d’une intériorité qui donne un espace de pensée et de recul qui permet d’agir en toute situation. Ils développent cette possibilité par un entraînement constant, comme il est possible d’entraîner un muscle. Marc Aurèle nous en donne un aperçu dans son recueil de pensées qui sont en fait des extraits du journal qu’il écrivait chaque jour pour thésauriser son expérience ou s’exhorter à se souvenir de la vertu.

Les stoïciens, modèles de force intérieure

Ces philosophes stoïciens nous transmettent l’idée d’une force intérieure qui peut se développer à l’occasion de tous les événements qui surviennent dans notre vie. Pour ces philosophes praticiens, les difficultés sont des épreuves qu’il s’agit de dépasser et qui nous apprennent à vivre si nous en retirons une expérience consciente. Nous sommes en définitive les seuls responsables de la manière dont nous percevons ce qui nous arrive.

Marc Aurèle se dit à lui-même : « Prends garde à ne point te césariser, à ne pas te teindre de cette couleur, car c’est ce qui arrive. Conserve-toi donc simple, bon, pur, digne, naturel, ami de la justice, pieux, bienveillant, tendre, résolu dans la pratique de tes devoirs. Lutte pour demeurer tel que la philosophie a voulu te former. Révère les dieux, viens en aide aux hommes. La vie est courte. L’unique fruit de l’existence sur terre est une saine disposition et des actions utiles à la communauté ».

Épictète dit : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais le jugement qu’ils portent sur les choses » ou encore : « N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive (…) et tu seras heureux ».

Sénèque à son élève : « Que tu étudies avec acharnement et que tu renonces à toute chose pour n’en faire qu’une seule : te rendre meilleur chaque jour, je l’approuve et je m’en réjouis (…) mais je te recommande de ne pas agir à la manière de ceux qui désirent non progresser mais attirer les regards, en te faisant remarque par ton comportement ou ton genre de vie », ou encore : « C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote ».

Ces pensées sont les fruits de leurs expériences et peuvent être autant de phares dans l’obscurité des événements qui nous emportent comme une mer déchaînée. En les méditant et en les pratiquant au jour le jour, le philosophe, le chercheur de sagesse, développe une force intérieure qui permet de rester fermement ancré et lucide. C’est l’un des aspects que propose la démarche philosophique : être plus fort pour agir dans l’adversité. C’est la base d’une vie digne et libre, si nécessaire dans la société qui nous entoure et à laquelle nous participons.

Le développement de ces vertus, de cette dignité, de cette liberté, chez nous et autour de nous peut contribuer à vaincre les difficultés personnelles et sociétales pour un avenir meilleur et plus harmonieux. C’est aussi et surtout un travail volontaire et conscient de développement des capacités latentes que tous les humains portent en eux : c’est en cela une opportunité de mettre en œuvre concrètement l’un des piliers de la démocratie : l’égalité, celle de nos possibilités de développement quelle que soit notre ethnie, nos croyances ou notre sexe.

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