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Par Fernand Figares, directeur et co-fondateur de Nouvelle Acropole Belgique.

Tout anniversaire est une commémoration. L’étymologie de ce mot m’inspire pour orienter cet article et célébrer les 40 ans de Nouvelle Acropole en Belgique. ‘Commémorer’ vient du latin commemoratio, porteur de mémoire. Un anniversaire est un « porteur de mémoire ».  Il porte une valeur particulière.  Il porte quelque chose que nous voulons préserver.  Nous le célébrons tous les ans pour ne pas oublier ce moment où quelque chose d’important s’est produit.

L’Anthropologie du Sacré considère que les fondations, que ce soit d’un temple, d’une ville, d’une famille ou d’une association philosophique comme la nôtre, obéissent toutes aux mêmes principes, suivent toutes les mêmes règles, si elles veulent être porteuses de mémoire et de sens. Pour qu’une fondation quelconque acquière le droit naturel d’être rappelée au souvenir, par leurs fondateurs ou ses héritiers, c’est parce qu’elle porte de la valeur.

the-temple-of-isis-on-philae-island-1882Un des modèles de fondation le plus étudié est celui du temple égyptien.

L’étude approfondie des temples bien conservés, comme le temple d’Horus à Edfou, le temple d’Isis à Philae, celui d’Hathor à Dendera, des temples à demi détruits comme ceux d’Esna et de Kom Ombo, et des structures de temples beaucoup plus anciens, révèle que les actes préliminaires à l’édification d’un temple étaient  minutieusement réglés depuis les origines.

La représentation de ces actes est l’un des thèmes imposés aux décorateurs des temples. Il existait des répertoires où les décorateurs choisissaient les scènes qui convenaient le mieux à l’édifice ou à la salle dont ils étaient chargés. Ces répertoires n’existent plus.  Mais grâce à toutes les données qui ont été publiées, nous pouvons reconstituer l’essentiel de la fondation de ces temples.

La première scène a pour titre: « Se lever dans le palais. Se coucher dans la place ». Pharaon sort de son palais, précédé d’un prêtre et de plusieurs porte-enseignes.Le sens de cette scène est la séparation d’avec sa vie précédente, la rupture du cordon ombilical et le voyage qui mène à la terre promise. Ensuite, il doit se coucher sur place et dormir. C’est ainsi qu’il pénètre dans le domaine de ses rêves pour y puiser tout ce que sa mémoire lui offre et le préparer pour la nouvelle fondation.

spanish-flag-smallperuvian-flag-smallLe conquistador Hernán Cortés quitte sa ville natale (Medellín, en Estrémadure, Espagne) et se lance vers une terre lointaine fabuleuse. La première chose qu’il fait, en arrivant en Amérique, est de brûler toutes les galères !

D’une façon beaucoup plus humble, les fondateurs de NA, eux aussi, ont quitté leurs terres natales, Pérou et Espagne, pour arriver en Belgique le premier janvier 1977 et fonder un nouveau centre pour notre école de philosophie, de culture et de volontariat. Ils portaient en eux la mémoire de leurs expériences et de leurs fondations dans leurs pays natals.

Le véritable travail de fondation du temple commence à la troisième scène qui a pour titre : « Tendre le cordeau entre deux piquets ». Le roi suit les conseils de la déesse Seshat, dame de la maison des livres et des fondations, chef de la Maison de vie. Pharaon doit maintenant définir l’emplacement du futur temple, le mesurer, l’orienter suivant les étoiles grâce à un instrument dont un exemplaire nous est parvenu (il est exposé au Musée de Berlin). On peut y lire : « Je connais la marche du soleil, de la lune et des étoiles, chacun à sa place ». C’est ainsi que Pharaon témoigne de sa connaissance et surtout de sa disposition à devenir un pont entre le ciel et la terre, un relais pour que les énergies célestes puissent irriguer la terre du nouveau temple.

L’orientation – ou quête de sens – donne à la nouvelle construction les qualités requises pour qu’elle fonctionne comme un miroir et qu’elle puisse fixer sur terre les formes harmonieuses du ciel.
À Nouvelle Acropole, la quête de sens est une des conditions indispensables pour que la quête philosophique soit porteuse de valeurs propres aux hommes, valeurs supérieures ou célestes, que nous appelons valeurs humaines. Si nous ne sommes pas orientés suivant ces valeurs, nous pensons que notre vie n’a pas de sens.

Le titre de la quatrième  scène est «piocher la terre, atteindre la limite du sol pour sanctifier les monuments…atteindre la nappe d’eau souterraine ». Le sens de cette scène, où l’on voit Pharaon creuser jusqu’au niveau du rocher pour y ancrer solidement les piliers du nouveau temple, est assez limpide. Pour nous construire en tant qu’humain, il est indispensable de trouver les piliers de l’Humanité, ceux qui ont été définis par tous les hommes et les femmes qui se sont déjà construits eux-mêmes auparavant, ces hommes et ces femmes qui ont de la valeur et que la mémoire de l’Humanité a préservés.

L’eau de la nappe souterraine est le garant de la vitalité du rocher, de la vitalité de la Sagesse qui nous est proposée par l’Histoire. Sans cette vitalité, la Sagesse n’est que connaissance intellectuelle stérile. Et c’est pourquoi nous pouvons assurer la qualité de notre proposition au-delà des mots, au-delà des phrases publicitaires de nos affiches ou de nos pages Web.

La Sagesse n’est pas à nous, elle n’appartient à personne. Mais si nous voulons trouver de l’eau pour réellement nous désaltérer, pour vivre avec sens, il nous faut trouver des pioches et des terres favorables pour y piocher.

Nouvelle Acropole compte aujourd’hui plus de 400 écoles à travers le monde. Des milliers de personnes ont trouvé chez-nous des pioches et des terres pour creuser, afin d’y découvrir des rochers solides et de l’eau nécessaire pour s’aventurer dans la construction de sa propre vie, vie pleine de surprises et d’inconnu, mais dont le but est la dignité, celle qui nous fera ressentir que nous avons réussi !

Bon anniversaire Nouvelle Acropole Belgique !

Fernand Figares, Co-Fondateur de Nouvelle Acropole Belgique

1 Montet Pierre. Le rituel de fondation des temples. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 104ᵉ année, N. 1, 1960. pp. 172-180;doi : 10.3406/crai.1960.11165

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