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Face aux coups de marteau que subit notre société, comment agir? Comme le métal brut sous les coups du forgeron: se transformer pour ne pas se briser. Un travail de forge quotidien, une révolution intérieure pour une révolution sociétale.

Par Sylvain Cigna, Formateur et animateur à Nouvelle Acropole Belgique.

En lisant la presse et les réseaux sociaux à la suite des attentats de Bruxelles, mon attention a été attirée par deux sortes d’articles : d’une part, ceux qui défendent notre modèle de société et avancent que nous devrions continuer à fonctionner comme avant, sans peur, et, d’autre part, ceux qui remettent en question ce modèle et le considèrent comme responsable des menaces qui planent sur nous. Il est vrai que de nombreux auteurs montrent ce que nous encourrons si la société occidentale persévère dans l’entretien de son modèle actuel : les collapsologues, certains tenants de la pensée complexe, les mouvements de transition…

Éviter la peur, continuer à sortir et à consommer peut sembler être un premier pas. Mais prendre conscience de ce qu’impliquent les différents signaux présents aujourd’hui demande beaucoup plus de courage et ceci peut éventuellement nous conduire vers un changement radical. Lors du colloque sur la thématique de l’effondrement que nous avons organisé dans les locaux de Nouvelle Acropole Bruxelles, le philosophe praticien Michel Weber avançait que « le seul acte de résistance qu’il nous reste est celui de consommer différemment ». De nouveau, nous le considérons comme un premier pas mais selon moi, celui-ci doit se situer à l’intérieur d’une démarche plus large : celle de la construction d’un monde meilleur au sein ou – mieux encore – à côté de celui qui s’effondre déjà depuis plusieurs dizaines d’années.

Face aux coups de marteau

Les événements qui viennent remettre en question notre modèle occidental matérialiste peuvent être considérés comme les coups de marteau qu’un forgeron applique à un métal particulier pour le transformer en quelque chose de plus beau, de plus souple et de plus utile. L’enjeu ne consiste pas uniquement à retrouver ce que nous considérons comme l’équilibre de notre modèle de société : l’essentiel va bien au-delà : il implique la transformation de nous-mêmes et des structures de la société qui créent les déséquilibres, pour la remettre ensuite en question.

Il est nécessaire de nous demander : quels processus voulons-nous voir perdurer ? Que voulons-nous changer ? Dérèglement climatique, injustice sociale, problématiques de santé, futures surpopulation et épuisement des ressources… sont autant de symptômes qui sont le fruit d’une conduite que nos ancêtres ont érigée en système, système dont nous dépendons ou que nous entretenons aujourd’hui. Suite aux coups que nous avons reçus, nous pouvons bien sûr nous renforcer. Mais, plus encore, nous transformer comme le métal brut qui sous les coups de marteau du forgeron devient une épée. Et cela mènera inévitablement à une transformation du monde. Si notre destin le permet, la révolution viendra d’individus transformés, plus aptes à considérer la complexité du monde, plus respectueux de l’écosystème dont nous faisons partie, plus fraternels et moins ignorants. Je vous invite à participer à cette révolution.

Se forger chaque jour

Pour ma part, j’ai choisi de participer à cette transformation, ce travail de forgeron, par le biais de la philosophie que nous développons au sein de Nouvelle Acropole. Comme à la Renaissance italienne et à de nombreuses époques de l’Histoire, la démarche philosophique propose des réformes révolutionnaires qui pourraient conduire à une société meilleure. Démarche de recherche de sagesse, elle pousse les humains à se dépasser dans la conquête de leur part spirituelle. Ceux qui l’ont pratiquée ont développé une force intérieure face à la torture et la barbarie du Moyen-âge. Elle est également une démarche de questionnement et de vécu qui mène à davantage d’expérience et donc de connaissance éprouvée.

La philosophie morale peut nous orienter dans notre recherche de sens vers des valeurs plus universelles et partagées. Elle peut donc être le fondement d’une plus grande fraternité entre les Hommes et entre les cultures et réduire ainsi les conflits. Par son observation de la nature, le philosophe se met en lien avec celle-ci et, plus encore, il s’y intègre. Ce mouvement, à l’échelle d’une société, rendent impensables les situations d’exploitation débridée des ressources que nous connaissons aujourd’hui. Politiquement parlant, la philosophie platonicienne appliquée aujourd’hui permettrait à chacun de trouver sa place dans le monde et de développer librement son intériorité. Ces différentes composantes, pratiquées concrètement aujourd’hui, permettent de développer davantage de force intérieure pour oser participer à la société dans des contextes difficiles ou périlleux tels que ceux que nous avons connus dernièrement.

Mon quotidien est éclairé par ces pratiques : je peux chaque jour me lever avec la satisfaction de participer à un monde meilleur et de contribuer à unir des idéalistes autour de valeurs et d’idées millénaires. Je peux puiser aux sources infinies de sagesses et les partager avec les parts de moi qui ont besoin de lumière, et avec des amis, des compagnons dans cette recherche. Je peux focaliser un grand nombre de mes actions actuelles sur le monde de demain, celui que nous léguerons à ceux qui y vivront, enfants aujourd’hui et piliers du futur. Je peux donc me forger chaque jour et, de cette manière, contribuer à forger la société qui m’entoure à l’image de ce qui est le plus beau, le plus vrai, le plus juste et le meilleur. C’est ce que font les philosophes engagés de Nouvelle Acropole depuis près de 40 ans en Belgique et 59 ans dans le monde.

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